Camino Mozarabe – 3ème partie

Camino Mozarabe – 3ème partie – 10 étapes de Córdoba à Mérida
Du 11 au 20 Septembre 2017

A la veille de l’étape qui mène de Córdoba à Cerro Muriano,  Isidro Rodriguez le président de l’Association de Córdoba
qui m’a donné des infos utiles, principalement sur les étapes à venir,  m’annonce que demain, 2 membres de l’Association
m’accompagneront tout au long de l’étape… 

On se retrouve alors à 6h à la Puerta del Puente. Je fais connaissance de Manolo le baliseur du Chemin et de Joaquin.
Après un arrêt au bar pour un petit-déjeuner, on prend l’itinéraire de sortie de la ville qui est de 4km.

C’est une belle étape qu’on va parcourir ensemble malgré quelques passages sur route et le côtoiement de l’incontournable RN432.
Finis ou presque les oliviers qui m’ont accompagné depuis une semaine… Je retrouve des eucalyptus, des chênes, des pins, une certaine diversité de végétation avec entre autres des Cistes comme ceux que j’ai côtoyé sur la Via de la Plata en Mai 2008, mais à cette période de l’année ils sont desséchés et ne portent pas de fleurs…

Au passage, on attrape quelques figues et on fait un détour pour monter à l’Ermita Nuestra Señora de las Linares.
C’est en bonne compagnie, ce qui me change des étapes précédentes, que nous continuons notre périple
sur des chemins de terre, des sentiers un peu escarpés, avec un beau passage sur une Via Pecuaria (Cañada Real Soriana)
et sur une Via Romana qui a gardé les traces des roues des chars des armées romaines !

Nous faisons une pause, le temps de grignoter quelques fruits secs, de porter un dernier regard sur Córdoba qui disparaît
dans la vallée et nous attaquons la dernière partie de l’étape avec des passages un peu raides et des dénivelés qui s’enchaînent
pour atteindre une altitude d’un peu plus de 500m. 
(Cordoba se situe à 130m).

Joaquin veut faire un échange de sac pour terminer l’étape… 11 kilos contre 2 kilos…
Je vais terminer les derniers kilomètres en gambadant comme un cabri !…

Un dernier effort et on découvre Cerro Muriano, où après quelques centaines de mètres on arrive à l’Hostal-Restaurante X
où l’on est bien accueilli par Juan José le patron. Après quelques cervezas gouleyantes que l’on déguste avec délice,
Manolo me remet le tee-shirt du 20ème anniversaire de l’Asociación de Amigos del Camino de Santiago de Córdoba. 

L’étape suivante, après avoir suivi une piste cyclable pour sortir du Pueblo et être passé au milieu d’un vaste camp militaire,
on longe la N432 sur des chemins parallèles à celle-ci dans un environnement de cistes et de chênes.
Je passe devant un très grand pré dans lequel broutaient une herbe desséchée au moins un millier de brebis…
Rare de voir un troupeau de cette importance…

Chaque matin, je me glisse silencieusement hors du Pueblo, pour me laisser happer par la nuit qu’une lune
haute dans le ciel éclaire à peine… Le chariot de la Grande Ourse me suit avec ses quatre roues argentées…

Chemins campagnards, des troupeaux de moutons dans les enclos et des vaches qui attendent la traite du matin…
À la sortie d’un village un vieil homme assis sur un banc m’interpelle, se lève et me rejoint, me faisant comprendre
qu’il veut marcher à mes côtés… Nous faisons 300 à 400 mètres ensemble jusqu’à sa maison et nous nous quittons
après un échange d’amitié.

Le Chemin est jalonné de rochers et de chênes-verts aux formes étranges qui donnent un aspect de pantins désarticulés…
A Fuente la Lancha, il y a un olivier centenaire qui est un point de rencontre lors des processions de la Semaine Sainte
et dont les rameaux bénis sont utilisés le Dimanche des Rameaux.

Il y a de longues pistes sablonneuses qui ondulent au gré des reliefs du terrain, au milieu de grands espaces agricoles
constitués de pâturages et de cultures céréalières.

Il y a de part et d’autre des troupeaux de moutons qui broutent une herbe dessèchée en cette fin d’été…
Les chênes rivalisent pour présenter des formes grotesques ou fantomatiques et pendant ce temps j’enfile les kilomètres
en déclamant les poèmes de mon répertoire, histoire d’en conserver la mémorisation…

Certains matins, je marche en dormant ou je dors en marchant, mais j’avance quand même dans la nuit
avec juste au-dessus de moi le lumignon de la lune qui en est à son dernier quartier.

Au cours de certaines étapes, il n’y a pas de Pueblo à traverser, mais de longues pistes à travers un paysage
fait de champs de céréales et de vastes pâturages avec toujours ces chênes verts immobiles et silencieux,
qui sont comme les gardiens séculaires du Camino. J’ai vu plusieurs troupeaux de moutons broutant
dans cette herbe desséchée et ces résidus de paille et un troupeau de vaches qu’on ne s’attendrait pas à voir dans cette région.

Au passage d’une voie ferrée avec les signaux d’autrefois on se croirait un peu au Far West.
J’ai fait une bonne pause à l’ombre d’une ancienne gare qui desservait on ne sait quelle population puisque alentour,
c’est désertique, à part deux ou trois fermes que l’on côtoie au passage du chemin.

J’ai été surpris de voir de l’eau dans le rio Zújar qui forme même un petit lac que l’on aperçoit tout proche du Chemin .
Les derniers kilomètres avant d’arriver à la Virgen de las Alcantarillas offrent un panorama plus varié et pittoresque
avec une large vue sur les collines alentour et une chaîne de montagnes au loin…

Comme tous les matins, la nuit est belle, le petit quart de lune perché tout là-haut dans le ciel avec sa face livide
m’envoie quelques rayons et tout autour les étoiles invitent à se laisser emporter dans ce vaste univers
avec comme chemin la Voie Lactée resplendissante…

Parfois, j’éteins  ma frontale et ainsi dans la nuit sans interférence de lumière,
je peux contempler ce spectacle magnifique de la voûte céleste…

La Grande Ourse, l’étoile du Berger, Orion et toutes ces constellations dont je ne connais pas le nom et cette Voie Lactée,
notre galaxie, qui trace son sillon dans le ciel avec le scintillement des milliards d’étoiles qui l’habitent…

Et notre petite planète perdue dans cette immensité…
Et les petits pas du pèlerin sur les Chemins qui la parcourent…
Oh ! le vertige que me procure cet univers en expansion avec ses milliards de galaxies,
insondable mystère de la création et réalité perceptible de nos existences… Réalité ou Illusion ?

Le jour se lève et projette une belle palette de couleurs à l’horizon, puis le soleil émerge comme un brasier…
La campagne est irradiée par cette belle lumière du matin, je me sens en forme et j’avale tranquillement les kilomètres.
Aux oliviers succèdent les chênes qui parsèment les terres agricoles et de grandes étendues de pâturages
où paissent paisiblement les troupeaux de moutons… J’entends les grognements des cochons noirs,
les « Pata Negra » qui sont dans des enclos, nourris avec les glands des chênes…

C’est agréable comme cheminement et comme paysage, avec tous ces chênes aux formes parfois difformes
et grotesques et ces amas de rochers qui prennent l’allure d’animaux préhistoriques…

Dans un même terrain on peut voir mélangés, des oliviers et des chênes qui rivalisent pour leur étrangeté et leurs bras hallucinés…
Il y a aussi de nombreux champs de céréales, dont on voit la paille, comme trace de ce que furent les tiges porteuses de beaux épis dorés.

Un certain matin, un croissant de lune timide répand une pâle lueur sur ce qui m’entoure et je crois deviner à la lueur de ma lampe
que ce sont des plantations de jeunes oliviers. Le silence de la nuit m’enveloppe, il est seulement dérangé par le bruit de mes pas,
de mes bâtons et de quelques aboiements de chiens dans le lointain.

Ce moment d’imprégnation du doux bruissement de la terre, des plantes et des arbres, ce moment unique d’osmose
avec cette grande nuit qui répand ses caresses d’ombre sur tout ce qui respire, ce moment de transcendance active et lumineuse,
c’est ça le cadeau que le pèlerin reçoit chaque matin à la première heure de sa pérégrination…

Je marche donc sur une Via Pecuaria séculaire qu’autrefois les troupeaux du nord de l’Espagne empruntaient
pour venir passer l’hiver dans ces régions de l’Extremadure.

Ce chemin est aussi appelé la Vereda del Camino de Don Benito ou encore la Senda del Puente de Hierro.

Très vite je me retrouve au milieu de ces grands espaces habité par ces chênes verts que l’on imagine à tout moment se déplier
et parcourir à grandes enjambées les champs et pâturages qui les emprisonnent comme ces arbres qui viennent au secours
des petits Hobbits dans la trilogie du « Seigneur des Anneaux » de Tolkien.

Au passage, je peux admirer le Puente de Hierro attribué à Gustave Eiffel,
l’une de ses nombreuses réalisations que l’on peut voir à travers le monde.
Je vais longer pendant un moment une voie ferrée qui relie Madrid à Merida et Badajoz et je surplombe
une gare désaffectée qui pendant un temps à fait office d’albergue.

La rencontre d’un étang surprend dans cet environnement desséché après plusieurs mois sans une goutte d’eau.
Un chêne majestueux va m’offrir son ombre pour un temps de pause agrémenté de quelques minutes de sommeil…
Certains matins, il y a un peu de fraîcheur que le soleil va rapidement dissiper,
mais rien à voir avec les chaleurs que j’ai connues entre Almeria et Córdoba.

Oh ! la tendresse de ce petit croissant de lune qui jette sur la nature endormie un pâle reflet
et juste en dessous, l’étoile du berger qui scintille dans une brillance ambrée …
Plus haut dans le ciel, la constellation d’Orion, le chasseur légendaire, pose bien ordonnés ses lumignons…

Oh ! le doux bruissement de la nuit à peine troublé par le chant des coqs auxquels répondent
quelques aboiements de chiens dans le lointain…

En regardant la voûte étoilée, comme je me sens petit devant cet insondable mystère de l’univers…
Je me sens à la fois attiré par cet infini du ciel et en même temps je me sens comme écrasé par cette immensité…

Cette voûte étoilée, c’est comme si elle allait me tomber dessus et en même temps elle ouvre une brèche
comme pour m’inviter à aller cheminer au milieu des étoiles…

A Campanario, un joli Pueblo de la « Comarca La Serena », j’ai la visite de Manuel Soto Président de la Asociacion Jacobea de Badajoz
qui m’apporte un beau tee-shirt imprimé « Camino Mozarabe de Santiago » et des informations utiles concernant les prochaines étapes.
Après les cervezas de rigueur et une petite visite des curiosités de ce Pueblo, il m’emmène à la sortie de la localité
à la Policia Local pour prendre la clé de l’albergue située en face dans le bâtiment du Polideportivo.
Manuel vient me prendre en voiture à 17h30 pour aller visiter L’Ermita de la Virgen de Piedraescrita
et ensuite Magacela et son Castillo…

Dès la sortie de Campanario, j’ai en ligne de mire la colline en forme de dôme sur laquelle est accroché
le Pueblo Magacela dominé par son Castillo.

Je traverse des zones désertiques, avec alternance de terres céréalières labourées et de vastes pâturages…
Au fur et à mesure des fluctuations du terrain, des creux et des bosses qui se succèdent, Magacela apparaît et disparaît.

Le soleil s’est levé et fait ressortir la diversité des couleurs de cette campagne : les bruns, les ocres, les jaunes les marrons,
et ici et là, les taches vertes des oliviers, des vignes et de quelques chênes…

Je suis maintenant au pied de cette colline et je grimpe doucement dans la fraîcheur du matin à l’assaut
de ce haut-lieu du Camino Mozarabe. Arrivé au cœur du Pueblo, une halte s’impose au bar ou je reçois
les encouragements de quelques autochtones.

Ce beau village ainsi que son Castillo, je l’ai visité hier avec Manuel, aussi je ne m’attarde pas
et je redescends dans la vallée pour continuer mon cheminement…

Après une nuit passée dans la nouvelle Albergue de La Haba, j’ai une petite étape pour rejoindre Medellin
importante colonie romaine et point de jonction entre la Via de la Plata et l’Augusta Emerita qui venait de Tolède et Cordoue.

Comme chaque matin, je me laisse happer par cette belle fin de nuit étoilée avec encore un petit croissant de lune
qui cette fois se trouve dessous l’étoile du Berger. 
Je n’ai pas le temps d’entrer dans la magie de la nuit,
car la ville de Don Benito toute proche génère une rumeur diffuse accentuée par le trafic routier
déjà important à cette heure matinale. 
Ce chemin jusqu’à Don Benito suit une longue piste qui s’enfonce
entre des terres cultivées, avec sur les derniers kilomètres quelques timides plantations d’oliviers.

J’ai décidé de ne pas rentrer dans la ville de Don Benito, privilégiant ainsi la visite de Medellin.
Après le contournement de celle-ci, je vais suivre une piste sableuse et poussiéreuse qui passe dans une zone où s’alternent
villas, jardins potagers, oliveraies, quelques pieds de vigne, des vergers, des figuiers et pour finir des champs de maïs.

Le Castillo de Medellin se voit d’assez loin, la marche est facile et j’en profite pour apprendre un poème du poète québécois
Gaston Miron « Compagnon des Amériques ». Arrivé à Medellin, je fais un petit tour dans le centre, histoire de repérer
les différents sites à visiter et je vais m’installer à l’hôtel Rio situé en face du beau Puente Romano sur le fleuve Guadiana,
en réalité un pont reconstruit au XVIIe siècle.

Après douche et repos, je vais visiter les sites intéressants de cette cité. Bien que ce soit lundi, jour de fermeture du château,
du théâtre et du centre d’interprétation du parc archéologique, je pourrais malgré tout faire une visite intéressante de ces sites…

C’est l’avant-dernière étape, je quitte l’Hostal Rio un peu avant 7h. Il fait encore nuit, mais aujourd’hui il n’y a plus de lune…
Je traverse le Puente Romano qui enjambe le Rio Guadiana et je vais suivre un itinéraire alternatif que m’a indiqué Manuel Soto
le Président de l’Association de Badajoz.

C’est une longue traversée entre les rizières, les champs de maïs et les champs de tomates, en suivant des pistes agricoles,
tout en gardant le cap plein-ouest sans se préoccuper des pistes qui partent à gauche ou à droite.

Je fais la rencontre de nombreux oiseaux au long du parcours dont plusieurs cigognes blanches…
Il y a une certaine activité dans cette vaste plaine où les engins agricoles vont et viennent, soit pour couper les maïs,
soit pour récolter les tomates, soit pour le transport de ces récoltes.

Il n’y a pas de dénivelés et les pistes sont plutôt sablonneuses et parfois assez poussiéreuses.

Un moment donné, j’ai dû bifurquer un peu trop vers le sud et je me suis retrouvé face au Rio Guadiana
que je ne pouvais évidemment pas traverser.

J’ai alors galéré un moment au milieu des champs de maïs envahis de hautes herbes où j’ai parfois eu du mal à passer…
Enfin après cette mésaventure, j’ai fini par rejoindre la piste qui traverse le Rio Burdalo.

Je me déchausse, j’enlève mon pantalon, je mets à l’abri dans mon sac appareil photo et smartphone,
et je traverse prudemment, mes chaussures attachées et mises autour du cou.

J’ai de l’eau à mi-mollet et je m’assure avec les bâtons pour ne pas glisser.
Tout se passe bien et heureusement je suis de l’autre côté quand deux énormes tracteurs arrivent
et traversent le Rio en projetant des gerbes d’eau de part et d’autre.

Comme je me rechausse, passe sur le Chemin, un peu plus haut, un troupeau de moutons accompagné
par trois gros chiens qui me regardent avec méfiance et je me demande comment ils vont réagir en me voyant là,
ce qui n’est pas habituel pour eux. 
Bon ! tout se passe bien, le troupeau et les chiens s’éloignent,
et je peux reprendre mon cheminement toujours à travers ces pistes sablonneuses pour rejoindre San Pedro de Mérida…

« Si la Beauté n’est pas captée par un regard, la Beauté ne se sait pas, elle est en pure perte, elle ne prend pas son plein sens. »
François Cheng  –  « Cinq Méditations sur la Beauté »

Petite réflexion personnelle inspirée à partir de la lecture de ce livre :
Le pèlerin, sur les chemins, contribue à compenser cette perte de la Beauté
que nous offre la nature à tous les moments de la journée.
Il est disponible tout au long de sa marche pour capter par son regard les scènes toujours nouvelles
qui surgissent de la rencontre des éléments qui constituent les paysages traversés.

Par son regard qui rejoint le regard de Dieu, il fait vivre la Beauté et s’en trouve ainsi élevé au rang de créateur...

Peu de choses à dire sur la dernière étape. Carretera jusqu’à Trujillanos,
puis piste agricole où l’on retrouve quelques oliveraies et des vergers de figuiers.

A l’entrée de Mérida, je m’arrête au Colegio Nuestra Señora de la Antigua où je devais rencontrer Esther,
mais celle-ci étant absente, je suis reçu par une autre institutrice, Nuria qui me montre les réalisations des enfants
autour du Camino Mozarabe, dessins, bannières, maquettes et habits de carnaval…
L’école est toute empreinte de l’esprit jacquaire et des représentations des signes
et symboles propres à la marche pèlerine vers Santiago.
Même sur le mur extérieur est écrit en grosses lettres Camino Mozarabe.

Je ne ferai pas de récit des visites que je fais effectuer dans cette cité qui compte de nombreux vestiges romains
tels que son théâtre, son amphithéâtre et son temple dédié à la déesse Diane et qui font de cette ancienne capitale
de la Lusitania Romaine l’un des sites archéologiques les mieux conservés d’Espagne.

Je l’ai déjà visitée le 30 Avril 2008 lors de ma pérégrination sur la Via de la Plata.
Ci-dessous, le lien avec la page de mon site où je raconte la visite que j’en ai faite alors :

http://roch.compostelle.free.fr/cviaplata3004.htm

Je voudrais terminer cette publication en soulignant le caractère très particulier de ce Camino Mozarabe.
C’est le seul Chemin parmi tous ceux que j’ai parcouru depuis 2005 où j’ai trouvé une telle implication des associations locales
auprès du pèlerin qui a choisi de pérégriner sur ce Camino Mozarabe…
Depuis Almeria où j’ai été accueilli par Jorge Sagarra tout dévoué à tout ce qui peut contribuer au rayonnement de ce Chemin
jusqu’à Manuel Soto Président de l’Association de Badajoz qui m’a fait découvrir les richesses historiques de la Serena…

Je les remercie pour leur attention, leur disponibilité et leur gentillesse qui m’ont profondément touché
et je garderai précieusement ces liens d’amitié qui se sont créés.


Je veux citer aussi l’Association de Almeria-Granada, Mercedes Murillo Pravia sa Présidente,
Paco Fuentes Escudero son Vice-président qui m’ont apporté leur soutien et les informations
dont j’avais besoin pour commencer ce Chemin.

Je veux remercier aussi Isidro Rodriguez, Président de l’Association de Córdoba, qui m’a bien renseigné sur les étapes
et les hébergements des jours suivants ainsi que 2 membres de cette association, Manolo et Joaquin qui m’ont accompagné
tout au long de l’étape qui mène de Córdoba à Cerro Muriano, ils ont été des compagnons amicaux et chaleureux.

Pour terminer, j’adresse un remerciement tout particulier à Sonia la maire de Alboloduy qui, voyant mon état de fatigue
à l’arrivée de l’étape, s’est emparée de mon sac à dos pour m’emmener en haut du Pueblo où se trouvait l’albergue
et ensuite m’a fait visiter le musée de cette localité et m’a ouvert l’église pour que je puisse y admirer 2 statues de Saint-Roch
patron de ce Pueblo.

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Camino Mozarabe – 2ème partie

Camino Mozarabe – 2ème partie – 8 étapes de Granada à Córdoba.
Du 2 au 10 Septembre 2017

La plupart des étapes sont caractérisées par un cheminement presque entièrement au milieu des oliviers.
Ils sont partout dans les vallons, sur les collines et au loin ils forment des bataillons jusque sur les flancs des montagnes…

Entre « Via Pecuara », canaux d’irrigation, cheminement sur des sentiers que les herbes folles dissimulent
presque entièrement, traversée de rios à sec et pistes terreuses qui font des montagnes russes,
le pèlerin s’abandonne à la tiédeur de cette campagne propice à la méditation ou simplement à la rêverie…

A la fin de la 2ème étape, il y a une rude montée vers Moclin (400m de dénivelé sur 3 km).
J’installe mon parapluie/parasoleil sur mon sac et ainsi protégé des rayons du soleil,
je gravis tranquillement cette piste appelée également Ruta del Gollizno.
Au fur et à mesure de l’ascension, le panorama est de plus en plus spectaculaire avec dans le vallon
un pueblo enchâssé au milieu d’oliveraies que les montagnes alentour enserrent…

A l’est, ce sont des parois rocheuses impressionnantes qui donnent à cet itinéraire encore plus de pittoresque.
Et tout en haut le Castillo en ruine de Moclin qui domine le village.

Je n’en dirai pas plus en ce qui concerne les  cervezas bien fraîches
que mon gosier assoiffé engloutit avec délice aux arrivées d’étapes…

A la sortie d’une ville,  j’ai la surprise de voir une lune orangée presque pleine disparaître derrière les collines…
Et le ciel tout plein d’étoiles me rappelle ces vers de Rimbaud :
« Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou et je les écoutais au bord des routes
ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes de rosée à mon front… »
Longues pistes au milieu des oliveraies, quelques passages sur les carreteras, et encore les pistes qui ne finissent jamais,
l’occasion de me remémorer tous les poèmes appris au cours des années passées…

Parfois, je perds la notion du temps et des kilomètres…
Je marche poussé par la seule force de mon engagement à vivre cette aventure un peu folle de parcourir
le Camino Mozarabe en cette fin d’été où la chaleur est à son maxium !

Je marche souvent au milieu des oliviers qui sont devenus comme des compagnons de Chemin…
Une complicité s’est établie entre nous.. Je les vois comme les gardiens séculaires de ces pistes que les pèlerins
foulent de leurs pas bien rythmés… Et la lune là-haut est le témoin de cette alliance entre le pèlerin et l’arbre…

Et puis un petit miracle ! Depuis plusieurs jours j’avais mal aux pieds, des ampoules aux talons mal cicatrisées
et de plus je sentais que les semelles de mes chaussures ne me convenaient pas, ce qui rendait la marche inconfortable !
Alors j’ai trouvé dans un magasin diététique l’huile de Rosa Mosqueta avec laquelle j’ai fait plusieurs massages des pieds
et j’ai acheté en pharmacie des semelles du Dr Scholl. Alors, c’est incroyable, j’ai retrouvé un bon rythme de marche,
sans aucune gêne ni douleur, et je suis vraiment très confortable dans mes chaussures…

Un soir à 23h, arrive dans une albergue. où j’étais seul,  un pèlerin Lithuanien qui part le lendemain matin de très bonne heure…
Nous nous sommes  retrouvés un peu plus loin dans un bar…
Nous avons fait connaissance, il s’appelle Marius, il a 24 ans, a fait des championnats de natation
et est moniteur de planche à voile… Il a commencé le Chemin à Malaga.
Nous avons fait cette 2ème partie de l’étape ensemble, ravis tous les deux d’avoir un compagnon de Chemin
pour un jour, car lui allait continuer jusqu’à Cordoba ce qui lui faisait une étape de 46 km…

Et puis c’est la dernière étape de cette partie, celle qui mène à Cordoba en suivant une longue piste pendant plus de 20 kilomètres…
Piste caillouteuse, poussiéreuse, qui serpente au creux des vallonnements de ces immensités agricoles
sur lesquelles les oliviers laissent peu à peu la place à des cultures céréalières dont les champs sont déjà labourés
et prêts pour les prochaines semailles… On voit aussi de-ci de-là des champs de tournesols dont il ne reste que les tiges
coupées à 50 cm du sol. En fin de parcours, je verrai aussi quelques plantations d’amandiers…

L’ensemble de ces paysages est assez austère, parfois lugubre,
spécialement dans les secteurs noircis par les feux allumés pour brûler la paille…

Les couleurs vont du bistre au brun foncé et au noir des zones brûlées avec les coulées vertes des plantations…
Les dénivelés sont peu prononcés mais se suivent tout le long du parcours…

Le temps était nuageux avec un vent frais ce que j’ai bien apprécié…
De ce fait, l’arrivée sur Cordoba n’était pas spectaculaire, la ville étant à demi enfouie dans une brumaille
qui ne permettait pas l’éblouissement que cette cité peut offrir au pèlerin qui la découvre du haut des collines environnantes…

J’apprécie l’entrée dans la ville par le Puente Romano au milieu des touristes, pas mécontent de voir du monde
et de l’agitation après la chevauchée solitaire du matin !

Me dirigeant vers la Mosquée-Cathédrale qui est le monument incontournable de cette cité , je tombe sur mon pèlerin Lithuanien
que j’ai laissé hier à Santa Cruz et qui devait poursuivre l’étape jusqu’à Cordoba, installé sur l’herbe près de l’Alcázar.
Nous passons un petit moment ensemble et ensuite il boucle son sac et part pour la prochaine étape…

J’ai devant moi cette fin d’après-midi et la journée de demain (Jour de repos)
pour découvrir les merveilles de Córdoba la belle Andalouse…

Mais là c’est une autre histoire…..

 

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Camino Mozarabe -1ère partie

Camino Mozarabe – 1ère Partie – 9 Étapes de Almeria à Granada

Du 24 Août au 1er Septembre 2017

Ces étapes se déroulent sur les bords de ce massif grandiose de la Sierra Nevada.
Des parcours exigeants avec de nombreux dénivelés sous des températures proches de 40 degrés.
Une nature sauvage, austère, rocailleuse avec de nombreux itinéraires dans le lit de Rios asséchés…

L’Association Almeria-Granada m’a réservé un accueil fraternel et s’est mise en quatre pour que je puisse disposer
de toutes les informations me permettant d’être en sécurité et de pouvoir disposer des hébergements les mieux adaptés.

J’étais le seul pèlerin à cette période, suivi par un parisien à une semaine d’écart…
Je partais souvent entre 5 et 6 heure du matin pour éviter les grosses chaleurs du début de l’après midi.
La récompense était donnée chaque jour par la nature qui faisait surgir en moi un émerveillement sans cesse renouvelé…

En quelques lignes je vais essayer de vous partager les sensations, les images, les découvertes, les émerveillements,
enfin tout ce qui fait la richesse de cette belle Andalousie que traverse le Camino Mozarabe.

Les premières étapes se déroulent entre orangeraies et oliveraies dans le parfum des massifs de Jasmin
qui répandent leurs parfums tout au long du Chemin…

Puis on entre dans un décor lunaire sur des pistes qui alternent vallons et sommets
avec de nombreux passages au fond de Rios à sec sur lesquels il n’est pas facile de marcher…

Alternance de petites routes et de chemins caillouteux, avec de temps à autre un pueblo
qui vous accueille avec son bar, son Coca et son assiette de Jamón Iberico.

Le Chemin épouse les contreforts de la Sierra Nevada ce qui explique les difficultés rencontrées…
Dans cet environnement, il n’y a as de pistes enrubannées dans de grands espaces sans dénivelés…

Chaque mètre a sa pente, vers le bas ou vers le haut… Mais en contrepartie. Les paysages sont sublimes…

Le cheminement pendant plusieurs jours se fait à une altitude variant entre 1000 et 1300 mètres
serpentant de vallons en collines au milieu des champs d’amandiers…

Le panorama est d’une beauté saisissante, d’un côté la Sierra Nevada enfouie dans les nuages,
de l’autre côté, une plaine immense traversée par une cohorte d’éoliennes avec des dégradés de couleurs
que seule la nature, comme un peintre divin, peut réussir !

Les collines sont couvertes d’amandiers alors que nous sommes à près de 1300 mètres d’altitude !

Avant d’arriver à Guadix, c’est une longue chevauchée dans « Las Carcavas del Bad Land »
sorte de défilé entouré de colonnes rocheuses aux formes étranges…
L’entrée dans Guadix se fait par le quartier des Cuevas, ou maisons troglodytes…

A la sortie de Guadix, il y a un défilé rocheux qui va en se resserrant et qui offre un panorama saisissant…
Masses rocheuses aux formes arrondies, coniques ou déchiquetées qui font penser au Val d’enfer des Baux de Provence…

Le site de Marchal est exceptionnel avec ses formations d’argile ou « Carcavas » et ses monuments rocheux
travaillés au cours des siècles par l’érosion au pied desquels se blottissent de belles habitations.

Marchant souvent de nuit, les étoiles me font voyager un temps dans ce vaste univers
qu’un jour sans doute les hommes pourront explorer…

Mais pour l’heure je ne suis qu’un petit pèlerin dont les pas se perdent dans cette immensité !…

Et l’arrivée à Grenade…  C’est sublime ! Avec en prime la visite de l’Alhambra le joyau arabe de l’Andalousie…


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