Camino de la Lana – Août 2018

Ce Chemin qu’on appelle aussi Ruta de la Lana
commence à Alicante. Les premières étapes sont communes avec le Camino del Sureste. Il y a également une étape commune avec le Camino de Levante. À partir de Alpera, pueblo situé à 115km de Alicante, cette Ruta de la Lana est autonome et va jusqu’à Burgos en passant par Cuenca.
Il n’y a pas de guide, seulement un PDF que l’on peut télécharger sur le site de l’Association d’Alicante et ensuite imprimer.
Ce Camino est assez bien balisé dans cette première partie jusqu à Cuenca, excepté pour les sorties des villes et villages. Il est préférable d’avoir l’application MAPS sur Smartphone pour trouver facilement les rues, soit pour trouver l’adresse d’un hébergement, soit pour sortir d’une localité.
Il y a peu d’Albergues, il faut aller soit dans une salle de Polideportivo, soit dans un local du Centre Social Municipal, soit dans un Hostal et quand même de temps en temps un accueil jacquaire.
Ce Camino est parcouru par une moyenne de 2 à 3 pèlerins par mois en cette période d’été, un peu plus au printemps !
C’est un Chemin qui permet aux amoureux de la solitude de vivre un temps de retraite active en alternant marche et méditation…

Voilà en quelques lignes ce que l’on peut trouver sur ce Chemin :
Traversée du Grand Canyon (Modèle réduit). Cheminement le long d’un Rio surplombé par un magnifique Castillo. Chevauchée au milieu de vastes terres agricoles où les champs de céréales moissonnés en début d’été alternent avec des vignobles, des oliveraies et des champs d’amandiers. Également on côtoie de vastes cultures de poivrons et de celeris ainsi que d’immenses sites où sont cultivés en treille du raisin de table dont chaque grappe est protégée par un sachet en papier. Une étape commune avec le Levante au cours de laquelle on contourne la Sierra del Mugrón, avec un panorama splendide sur les vallées alentour. Quelques bois de chênes verts et de pins avec un balisage en forme de jeu de piste… Parfois l’environnement est semblable à ce que l’on trouve dans notre département du Var.. Les villes et villages traversés ont parfois de quoi surprendre et tout spécialement Alcalá de Júcar qui fait partie des plus beaux villages d’Espagne. C’est un des villages les plus spectaculaires et pittoresques de la province d’Albacete. Ce site que forme la gorge profonde du Rio Júcar, quand on arrive à pied sur la hauteur, est impressionnant. Il est riche d’histoire comme en témoigne son Castillo datant de l’occupation musulmane à l’époque Almohade, à la fin du 11ème siècle.

On ne s’y attend pas, mais ce Chemin va vous amener à naviguer non pas sur les océans, mais sur une mer verte qui s’étend sur des dizaines de kilomètres, une mer de vignobles, où il n’y a ni vagues, ni ressac, mais des millions de pieds de vignes tous alignés en rangs bien ordonnés qui s’étendent à l’infini !
Il y a aussi l’accueil des Associations locales qui mettent tout en œuvre pour offrir quelques hébergements jacquaires, encore insuffisants en nombre, mais de qualité.

L’hébergement dans un Polideportivo offre des conditions très sommaires, car il n’y a pas de matelas seulement un tatami pour arts martiaux ce qui n’est pas très confortable pour dormir et de plus le vestiaire qu’on vous attribue risque d’être envahi jusqu’à 22h par des enfants venus faire un match. La solution dans ce cas est de louer une chambre chez l’habitant !

En approchant de Cuenca, l’environnement change peu à peu. Encore des vignobles, mais sur des terrains en relief, des champs d’amandiers, des grandes surfaces de terres céréalières, et de plus en plus de bois de pins, de beaux et majestueux chênes verts, de belles pistes avec dénivelés qui serpentent entre genévriers et romarins. Comme partout en Espagne, chaque Pueblo à son église dont le clocher domine et se voit souvent de loin et quand on peut y entrer on est toujours surpris par la richesse des peintures, sculptures et décorations qu’on y trouve…

Deux étapes avant Cuenca, après un lever de soleil majestueux, qui est comme une image de l’Eternité, je vais marcher pendant plusieurs kilomètres le long d’un immense champs de tournesols en fleurs… Après la mer verte des vignobles des jours précédents, c’est une mer jaune de ces fleurs qui se tournent comme en adoration vers le soleil. Après un hébergement dans un Centre Social qui était plus que rudimentaire, aujourd’hui à Monteagudo de las Salinas je suis hébergé dans la maison des propriétaires d’une Casa Rural qui était complète, car c’est une région assez touristique.

Je vais maintenant longer une région appelée la Serrania de Cuenca qui est un parc naturel, une zone géographique marquée par de hautes montagnes, de belles vallées cachées, des formations rocheuses puissantes et uniques liées au processus karstique et à une végétation abondante, en particulier des espèces de conifères.
On y rencontre de beaux villages aux constructions traditionnelles et de nombreux ruisseaux, rivières, réservoirs, ravins et torrents….
Peu après le Chemin descend dans une vallée où il rejoint la variante qui vient de Valencia qui s’appelle Camino de Requena.
Et puis c’est l’arrivée à Cuenca cette ville au riche passé historique, religieux et architectural.
Pour la visiter je vous laisse en compagnie de Jenny qui via son site internet va vous faire découvrir les merveilles du Casco Viejo de Cuenca :
https://www.jdroadtrip.tv/blog/visite-de-la-vieille-ville-de-cuenca/).

Après Cuenca une succession de petits pueblos…
Un matin, un homme avec son chien m’accompagne pendant 5 kilomètres… L’environnement est toujours composé d’une alternance de champs de céréales et de tournesols avec ici et là des parcelles d’oliveraies. Il y a quelques reliefs et au loin les Sierras…On quitte la Province de Cuenca pour entrer dans celle de Guadalajara. A partir de 11h, j’installe mon parasol sur le sac et ainsi je ne souffre pas trop de la chaleur… Il y quelques albergues peu équipées et pas toujours bien entretenues, mais qui offrent l’essentiel.
Marcher la nuit sous une pleine lune, c’est vraiment magique. J’éteins même ma frontale, tant la lumière de la lune éclaire bien le chemin.

Maintenant, je vais vous raconter une soirée mémorable comme seul le Chemin peut offrir.
Lundi 27 Août, j’arrive dans un pueblo nommé Villaconejos de Trabaque où autrefois se cultivait l’osier (mimbre) qui est une fibre végétale dérivée d’un arbuste de la famille des saules qui était tissé pour créer des meubles, des paniers et autres objets utiles. Je vais dans une Albergue gérée par l’Association de Cuenca.
Pepe, l’hospitalero nous invite avec Antonio, Paolino et 3 pèlerins espagnols à bicyclette à un dîner qui restera comme l’un des moments mémorables de ce Chemin !
Ça se passe dans un local attenant à sa cave. Le feu est allumé pour faire des grillades, pendant ce temps Paolino coupe des petits morceaux de jamón ibérico et la table est mise dans une joyeuse ambiance. Avant le dîner, Pepe nous fait visiter sa cave où trônent 2 énormes jarres qui datent de plusieurs siècles. On remplit une cruche d’un bon vin de la Casa tiré d’un fût quand même plus récent ! Tout le dîner ne sera composé que de produits maison, en plus du jambon, poivrons, concombres, chorizo, saucisses et boudin qui seront grillés sur la braise.
Le vino tinto remplit les verres et on se régale de tous ces produits que Pepe nous offre.
Pour terminer, on goûte la production d’alcool, Orujo de Café, Orujo Blanco puis petite cérémonie jacquaire de remise à chaque pèlerin d’une médaille et d’une flèche jaune à épingler sur le tee-shirt. On va se coucher après minuit, ce qui va faire une nuit courte avant de repartir le lendemain pour l’étape suivante… Mais quelle belle soirée d’amitié et de fraternité !

J’entre maintenant dans la séquence « Rios ». Je quitte la province de Cuenca pour entrer dans celle de Guadalajara. Les étapes suivantes seront marquées principalement par la rencontre de plusieurs rivières et fleuves :
Le Rio Trabaque qui prend naissance dans une cascade au cœur de la Serrania de Cuenca, petite rivière que je vais côtoyer pendant quelques kilomètres…
Le Rio Guadiana que j’ai non seulement côtoyé, mais traversé par un pont…mais une fois passé le pont il y a un débit assez fort d’une partie de la rivière qui s’écoule sur un passage bétonné qui oblige à se déchausser et la difficulté, c’est comment passer sans glisser, car le fond est comme une plaque de verglas ! Bon ! Ouf ! J’ai réussi à traverser sans incident grâce à mes bâtons avec embouts de caoutchouc !
C’est ce même Rio que j’ai rencontré l’an dernier sur la fin du Camino Mozarabe avant d’arriver à Mérida, Rio qui va se jeter dans le golfe de Cadix !
Quel contraste avec les grands espaces agricoles souvent dénudés et arides de se trouver ainsi au bord de rivières entourées d’une belle végétation et de grands arbres dans lesquels nichent de nombreux oiseaux dont les mélopées se mélangent harmonieusement .
Il y a ensuite à Trillo, petite ville à côté de laquelle se trouve une centrale nucléaire, un beau pont sur le Rio Tajo dans lequel se jette le Rio Cifuentes après une jolie suite de cascades, lequel a sa source au pied du château de cette même localité.
Ce Rio Tajo est le même qui encercle le promontoire sur lequel est érigé la ville de Tolède et qui plus loin se jette dans l’océan par une large embouchure à Lisbonne…

Ces dernières étapes sont physiques, avec beaucoup de dénivelés et l’on marche souvent à plus de 1000 mètres.
Les paysages sont grandioses avec tout alentour des sierras recouvertes de forêts et les belles coulées de couleurs avec ces tons de fin d’été !
Après les ascensions parfois épuisantes, il y a toujours de belles descentes, soit en suivant de larges pistes, soit par des petits sentiers rocailleux et c’est là que le truc bête arrive, un moment d’inattention, je mets le pied sur une pierre qui roule et me voilà chutant lourdement sur les cailloux. Résultat, une épaule bien endolorie… Je rallie tant bien que mal la fin de l’étape à Cifuentes, petite ville qui se trouve à 10 étapes de Burgos.
Le lendemain matin je vais au Centro de Salud de cette localité, de là, on m’envoie à l’hôpital de Guadalajara pour faire une radio. Il n’y a rien de cassé, mais un traumatisme important, aussi mon assurance décide de me rapatrier. Me voilà en taxi emmené dans un hôtel près de l’aéroport de Madrid et le lendemain, je prends l’avion pour Paris et Toulon.
FIN DU CAMINO.

Je ne suis ni triste ni déçu, je prends les choses comme elles viennent avec philosophie. J’ai passé trois semaines sur ce chemin vraiment super et donc je ne regrette rien. Ci-joint les dernières photos de ce Camino que je qualifierai « Camino de l’imprévu, Camino de la diversité, Camino des belles surprises, enfin Camino des 5 éléments : Le feu, la terre, l’air, l’eau et l’éther

Quelques photos en vrac…

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