Chemin du Portugal (Chantal et Thierry Genevier)

Chemin du Portugal (Chantal et Thierry GENEVIER)

1ère partie : SAGRES – LISBONNE  –  Septembre – Octobre 2019

Cheminer de Sagres, tout au sud du Portugal en direction de Saint-Jacques de Compostelle, ce n’est pas compliqué :
il suffit de marcher tout droit, cap au nord… Mais pour arriver à Sagres en partant de Toulon, cela se complique :
d’abord une marche d’approche en direction de la gare, puis un train, un deuxième train, une navette, un avion, un autobus
et on arrive à Lisbonne. Le lendemain : deux autres autobus et un peu de marche. Ouf ! Nous sommes à Sagres !

Nos jambes sont impatientes et tous nos sens aux aguets.
Nous empruntons d’abord la Rota Vicentina qui nous amène jusqu’à Santiago do Cacem en 11 jours.
Ce chemin nous permet de traverser la sauvage Algarve en découvrant la côte abrupte.

C’est une explosion de couleurs : les roches rouges, noires, jaunes, la mer turquoise, l’écume blanche et la lande brûlée par le soleil
où les fleurs jaunes des inules éclatent sur leurs tiges noircies. Notre route s’engage ensuite dans les terres de l’Alentejo :


Des kilomètres sans une habitation, des sentiers entre collines desséchées parsemées de chênes-liège et de pins, des plantations d’eucalyptus.
Les traces des terribles incendies des années précédentes sont encore présentes, mais l’espoir est dans les repousses des eucalyptus noircis.

Au fur et à mesure de notre progression nous découvrons des fermes en ruine pas très anciennes : l’année de construction inscrite sur la façade
nous renseigne : 1920, 1960. Ces bâtisses sont souvent annoncées par une allée de cognassiers ou quelques grenadiers.
Puis nous découvrons des champs de cultures : patates douces, haricots rouges, fraises et surtout des oliveraies et des plantations de chênes-liège.
Le Portugal est le premier producteur mondial de liège. Depuis 1209 l’abattage d’un chêne liège est illégal et donc soumis à une autorisation officielle.
La première levée du liège est réalisée lorsque l’arbre a 25 ans. Les récoltes suivantes se font ensuite tous les 9 ans jusqu’aux 100 ans de l’arbre.
Sur le tronc mis à nu est inscrite l’année de récolte.

En dehors des villages de départ et d’arrivée nous ne rencontrons personne certains jours.
Tout au plus nous devinons au loin un agriculteur sur son tracteur. Nous rencontrons un pèlerin (le seul de notre périple !) entre Cercal do Alentejo
et Vale Seco : il effectue une boucle du sud jusqu’à Santiago do Cacem par l’intérieur du Portugal.

A Santiago do Cacem nous avons la promesse d’un sentier balisé vers Compostelle au vu d’un article de journal et d’un livret :
le chemin a été inauguré il y a moins d’un mois. Effectivement nous nous laissons porter par flèches et coquilles pendant 2 jours
jusqu’à Roncao puis Grandola. Mais au petit matin du 3ème jour, dès le rond-point au sortir de la ville nous sommes obligés de nous fier
à notre inspiration. Nous retrouvons finalement quelques coups de pinceaux jaunes ; malheureusement en pleine campagne en fin de matinée
notre chemin bute sur une clôture et nous ne trouvons pas une seule indication. Nous finissons le parcours à la boussole et improvisons de notre mieux.


Ces derniers jours sont un enchantement : un passeur nous fait traverser le fleuve Sado avec sa minuscule embarcation malmenée par la marée,
nous longeons des rizières envahies d’écrevisses sur une cinquantaine de kilomètres, nous assistons aux envols d’oiseaux multicolores
et de dizaines de cigognes, nous prenons le ferry pour aller de Troia à Setubal et nous découvrons enfin Lisbonne.

Sitôt notre sac à dos posé nous explorons ruelles, places, palais et au sortir de la Cathédrale Sé – Surprise ! –
Nous retrouvons une flèche jaune nous indiquant la direction à suivre l’an prochain.

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