Impressions de Pèlerinage (Philippe – 2014)

 

Pérégrination de Oloron-Ste-Marie à Santiago et Fistera (Du 27 Mai au 6 Juillet 2014)

Depuis longtemps l’envie de prendre le chemin me tenaillait. Mais pourquoi ? C’était mal défini tout d’abord, mais cette année (2013-2014) beaucoup de deuils dans ma famille, mes amis et mon entourage m’incitent à partir. Les premiers jours c’est à eux que je pense, mais à Granon le déclic se fait. Les morts sont morts, on ne peux plus rien pour eux, c’est aux vivants qu’il faut penser. D’abord à Corinne pour l’extraire de sa maladie, à Anaël pour qu’il me fasse un petit fils, à Marie-Claude afin que nous vivions en harmonie. Ce seront mes trois vœux de St Jacques.

De Sarrance au Camino Aragonais

Très beaux paysages, peu de monde, surtout des français. Beaucoup de rencontres amicales. Grands moments humanistes avec les hospitaliers à Sarrance, Arres, Ruesta. Très bonne ambiance avec le groupe des 6 français, Luc le hollandais, Siro le brésilien et Martin l’italien.

A partir de Puente la Reina jusqu’à Astorga

Enormément de monde depuis Obanos et le carrefour des chemins. Surtout italiens et américains. Nous ne sommes plus que deux français, Daniel et moi, puis nous en rencontrons quelques-uns qui s’arrêtent à Burgos, ainsi qu’un couple très sympa d’espagnols de Barcelone. Fort moment d’humanité à Granon avec une séance très émouvante de « méditation ».

A Burgos, Daniel me quitte pour le chemin du nord. Je me sens orphelin. Un autre chemin commence. Rencontre avec des français de Toulouse et Dax (en vélo). Soirée sympa.

A Hontanas, je suis le seul français, noyé dans une meute d’italiens et un flot d’américains (ou d’anglophones qui ignorent les autres). Quelques espagnols sympas, des coréens (toujours agréables) dont une rencontrée à Puente la Reina et deux anglaises ne se mélangeant pas aux autres. Quatre jeunes américains (dont le frère et les deux sœurs). Le frère a les pieds en bouillie et marche avec des tongs. Il finit toujours les étapes en stop. Encore beaucoup de visages connus mais très peu de contact à cause de la langue. Grands moments de solitude. Je pense souvent à Marie-Claude et aux enfants. C’est pour eux que je suis en chemin, et pour la mémoire d’Armelle et de Monique.

Après l’étape de 36 km Hontanas-Fromista, soldée par une tendinite à la cheville gauche, j’ai recollé à un groupe de français. Je marche une journée avec Raymond, célibataire ardéchois un peu bas de plafond, pas très intéressant. Contact avec Rémy de St Quentin et Jean-Paul de Lorient. Je décide de doser les étapes en fonction de ma cheville.

Je suis toujours impatient des nouvelles de Marie-Claude. Corinne ne va pas bien et a été hospitalisée. J’apprends le décès de Raoul (muscu) qui m’affecte plus que je ne l’aurai cru. Je suis plus sensible et les larmes me viennent facilement.

La Meseta est passée sans trop de chaleur, sauf une journée. Souvent du vent, froid le matin, arrivée souvent avant midi, sinon risque de problème de place dans les albergues. Je fais encore quelques fois la route avec Raymond, puis le perd avant Leon. Rémy s’arrête à Leon à cause de problèmes d’ampoules. Il s’arrêtait de toute façon à Astorga pour reprendre le travail. Depuis Bercianos j’ai une énorme ampoule au talon droit. J’ai passé un fil et je peux marcher sans trop de problème. Je ne vois plus les jeunes américains depuis Bercianos. Rencontré Nadine et Edward à plusieurs reprises depuis Terradillos. Nadine (de Nantes) me fait pensé à Armelle. Elle m’a spontanément donné son adresse et invité à Nantes si j’y passe.

Depuis l’entrée en Galice, le brouillard est de tous les matins. Dommage pour la vue. Le paysage et le climat sont plutôt Breton ou Pays Basque, Pyrénéens. Les prix ont augmenté. Depuis Sarria et les derniers 100 km, beaucoup de monde, surtout des espagnols et des jeunes. Depuis Rabanal, je fais la route avec trois compères (Bernard, Jean-Claude et Guy). L’esprit à changé et est devenu plus randonnée entre copains. Ils ne veulent pas faire plus de 25 km par étape. Dans le monastère de Samos, grande salle de 68 lits superposés. Le décor est bien mais les hospitaliers (un espagnol et un japonais) sont aimables comme des portes de prison. Enfermés à 22h, éclairage brutal à 6h00 et ouste ! Récupération à Sarria pour soigner mes ampoules sorties sur le petit orteil droit. Je serai en retard sur mon planning. Fistera et Muxia sont compromis. Voir le retour dès l’arrivée à Santiago.

A trois étapes de Santiago, étrange sentiment de regret et d’excitation. Regret d’être déjà arrivé, excitation de toucher enfin au but. Impatience également de retrouver Marie-Claude. Je fais seul la dernière étape. J’attends néanmoins les autres à Monte do Gozo, pour entrer ensemble dans Santiago où nous arrivons vers 10h30, avec un rayon de soleil inespéré et sous un arc en ciel. L’émotion est moins forte que je n’aurai cru. On attend tellement ce moment que quand il arrive, il est déjà émoussé. Moins de monde également qu’imaginé, sur la place devant la cathédrale. Nous tombons immédiatement sur Nadine arrivée la veille qui nous « drive » pour la compostela. Il y a un bureau de Euroline. Je retiens mon retour pour samedi, seule possibilité dans les temps. Grande messe des pèlerins dans la cathédrale bondée, avec grandes orgues et encensoir. Grandiose. Visite de la ville, restau,… le pèlerinage est fini, c’est le tourisme qui domine.

Beau temps le lendemain On prend le bus pour le cap Finistère. Retour à Santiago après une nuit à Fistera où, au petit matin, les mouettes s’en donnent à cœur joie.

Samedi, départ pour la France d’abord dans le même bus, ensuite chacun avec le sien après la plate forme de Suco.

Fin d’une belle aventure

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REFLEXIONS

Un air de Harvest entendu au petit déjeuner dans un café me trotte dans la tête toute la journée.

Pourquoi parfois sur le chemin, sans raison apparente, des bouffées de sanglot m’envahissent ?

Les chants d’oiseaux le matin, mêlés à la senteur des fleurs sauvages est un enchantement : aubépine, églantier, genêt ….

L’odeur des foins coupés au petit matin…

Le chant du coucou omniprésent.

Je relis parfois le mot de Marie-Claude. Cela me tire toujours des larmes

L’odeur du fenouil mouillé dans la brume du matin en Galice.

Beaucoup de nationalités différentes. Les français sont mal perçus par les commerçants car prétentieux, souvent mal polis, peu respectueux du travail des autres, arrogants (ex. incident dans le café de Santa Catalina, après Astorga entre deux français et la propriétaire car ils voulaient consommer leurs provisions)

Tranches d’âge : moins de 25 ans ou de 60 à 75 ans.

Beaucoup d’américains, brésiliens, italiens, espagnols parmi les jeunes mais aucun français.

Le cliquetis du bec des cigognes, très nombreuses dans la Meseta, occupant tous les clochers.

Pour moi le chemin n’a vraiment commencé qu’après Burgos, quand je suis resté seul.

Pourquoi si peu de français sur le « camino francés » ?

Quelques grands moments de solitude comme de Burgos à Hontanas puis Fromista.

Quand depuis plus d’une heure, tu n’as vu personne ni devant ni derrière toi, que la dernière flèche jaune est oubliée, tu te mets à douter d’avoir raté une intersection. C’est alors que le chemin se manifeste d’un signe : une écriture sur une souche, une flèche ou un cœur dessinés avec des pierres : le camino est sous tes pieds. Tu lui appartiens.

Baptisé catholique, je suis confusément croyant. Ce n’est pas une motivation religieuse qui m’a incité à prendre le chemin, tout au moins au début, car le spirituel, si ce n’est le religieux, insidieusement s’installe. Des moments forts d’intense communion avec les autres, comme à Sarrance, Granon, Terradillos lors du décès d’Alexander.

Les stèles des pèlerins morts sur le chemin te rappellent que la mort peut te surprendre à tout moment.

Les montagnes indiquent que nul obstacle n’est infranchissable. Les déserts te montrent que rien n’est jamais figé et après tu retrouves toujours quelqu’un. La solitude n’est pas éternelle…

Philippe

One Comment

  1. Si je comprends bien, dans tous les textes que je lis sur les chemins de Compostelle, en fait, ce Chemin, est un chemin de belles rencontres humaines qu’on a du mal ensuite à oublier. D’autres part, je vois souvent ce mot  » Solitudes  » qui, pour moi, je les ai recherchées, c’était des solitudes voulues et appréciées, peut-être pour faire le point de sa vie, ou, tout simplement, pour s’échapper de ce Monde devenu trop médiatique! Et, où on ne voit que tristesse et horreurs! Et, curieusement, la fin de ce grand Voyage à pied, on est tous partagé par deux sentiments: heureux d’en finir, mais triste de quitter le Chemin de Compostelle!
    Ami Gilbert.

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