La Légende de Saint-Roch

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Vie, Légende et Miracles de Monseigneur Saint Roch d’après Jehan Phélipot (1494)

Messire Saint Roch, glorieux ami de Dieu, guérisseur des maladies de peau et de toutes sortes de pestilence, naquit vers 1350 sur les terres du Languedoc, en la ville de stroch3Montpellier, autrefois nommée Monté-Pestelario.
Ses parents, France et Jehan, étaient de nobles seigneurs terriens, véritablement nobles de la noblesse du coeur. Ils étaient fort âgés et n’avaient point d’enfant. Dame France pria un jour le doux Jésus et sa très sainte mère la glorieuse Vierge Marie de lui donner un fils qui serait tout entier dévoué à Dieu.
L’Ange du Seigneur la visita et lui dit : « Ô France, sois certaine que tu recevras sa grâce ». France et Jehan eurent un fils ; il avait à la naissance une croix rouge empreinte sur son côté droit et fut baptisé du nom de Roch.
Elevé de façon fort chrétienne, Roch éblouit les siens, pendant son enfance, par la pratique de ses vertus. On prétend même que, dès sa naissance, et pour faire pénitence, il refusait de téter sa mère le vendredi !

Son père mourut quand il était encore très jeune en lui laissant quatre commandements :
– Servir continuellement Notre Seigneur Jésus-Christ.
– Etre pieux et miséricordieux aux pauvres, aux veuves et aux orphelins.
– Distribuer ses trésors.
– Soigner les malades.

Sa mère mourut également quelques temps après. Il vendit alors tous ses biens, distribua l’argent aux pauvres et partit en pèlerinage pour Rome. Lorsqu’il fut en Italie, il arriva dans la ville d’Agripendante. Or celle-ci était ravagée par une épidémie de peste.
OLYMPUS DIGITAL CAMERA » Le mal tuait en quelques heures et la contagion était si rapide qu’il suffisait de regarder un pestiféré pour être atteint du mal. »
Aussi, quel émerveillement lorsque Roch se présenta à l’hôpital dont un dénommé Vincent avait la charge. Là, il guérissait les malades par le signe de la croix. De même fit-il à Césenne (Italie) qui, par lui, fut délivrée de la peste.
A Rome ensuite, un cardinal natif du pays de Bretaigne fut aussi guéri par lui.
Le Pape le reçut, lui remit ses fautes, et il resta trois ans dans la ville sainte. De nouveau, il repartit sur les routes. Il soigna encore les malades à Plaisance, mais là, il attrapa la maladie.
Une nuit, l’ange du Seigneur le visita et lui dit :  » Roch, très dévôt à Notre Seigneur Jésus-Christ, éveille-toi et lève-toi, connais maintenant que tu es saisi de pestilence. »

Il fut alors chassé par ceux dont il avait guéri le corps mais qui n’étaient pas guéris en vérité. Il se réfugia dans la forêt. Pour apaiser sa fièvre et soigner sa pestilence, l’Ange du Seigneur fit jaillir une source. Pour apaiser sa faim terrestre, le chien du seigneur voisin nommé Gothard volait chaque jour un pain à son maître. Grande réflexion dut faire Monseigneur Roch sur la guérison véritable qui n’est pas celle du corps, mais de l’âme, et sur le fait qu’à vouloir guérir les autres, on attrape leur maladie !

Le seigneur Gothard, attiré par le manège de son chien, le suivit et découvrit Roch au fond de sa retraite. Il se convertit, vendit ses biens et prit à son tour l’habit de pèlerin. L’Ange visita de nouveau Roch et lui dit :  » Retourne en ton pays car tu seras délivré et guéri de la pestilence dont tu es oppressé. »
Monseigneur Roch prit congé de Messire Gothard, le priant de ne jamais révéler son nom à quiconque, et reprit le chemin de Montpellier. Passant par une province d’Alemaigne en guerre, il fut appréhendé comme espion et, refusant de dire son nom, il fut jeté en prison où il demeura cinq années, puis rendit son âme à Dieu après s’être confessé.
stroch4L’Ange de Dieu le conforta au moment de sa mort et une grande clarté merveilleuse et miraculeuse inonda sa cellule. On trouva dans celle-ci une inscription en lettres d’or disant que « Tous ceux qui prieront le glorieux Saint-Roch seront guéris de la peste. »
On découvrit la croix rouge sur sa poitrine. Sa grand-mère maternelle le reconnut. Il fut enseveli solennellement. En la noble cité de Venise repose le corps du glorieux ami de Dieu, et tant de miracles ont eu lieu jusqu’à ce jour qu’il n’est pas possible de les raconter.
Le premier eut lieu à Constance. En l’an 1414, le treizième jour du mois de juillet, le Concile de Constance se réunit. L’épidémie de peste survint. Un jeune homme, inspiré par l’Esprit Saint, demanda que l’on requiert l’aide de Monseigneur Saint Roch et l’épidémie s’arrêta miraculeusement. Depuis ce temps, dans toutes les provinces de France et d’Europe, le culte de saint Roch s’est répandu et il fut longtemps le saint le plus populaire dans les campagnes.

Identification de saint Roch

L’Eglise catholique romaine a consacré Roch de Montpellier saint Patron protecteur et guérisseur des maladies contagieuses en raison de son charisme auprès des exclus de son temps : les pestiférés. Antérieurement à lui, c’était par l’intercession de Saint Sébastien que les malades de la peste adressaient leurs suppliques à Dieu.
La Vierge a toujours eu une grande importance dans les secours pour les malheureux pestiférés.
stroch2Comment identifier Saint Roch qui est un pèlerin par rapport notamment à St. Jacques ? Il suffit de repérer les éléments caractéristiques suivants :
– Roch est en habit de pèlerin « romieu ».
– Il est allé en pèlerinage à Rome sur les tombes des Apôtres Pierre et Paul, morts au nom de leur foi pour le Christ ressuscité.
– Le pèlerin de saint Jacques de Compostelle porte le signe de la coquille.
– Le signe du pèlerin à Rome : les clés de saint Pierre.
– Celui du pèlerin de Jérusalem : les palmes.
– Ceci dit, on représente souvent saint Roch avec la coquille car à la fin du Moyen-Age, elle est devenue le signe de tous les pèlerins.
– Roch tient dans la main le bâton du pèlerin, le « bourdon ».
– Il a parfois une besace, parfois la cape du pèlerin : la pèlerine ; souvent le chapeau du pèlerin.
– Signes plus caractéristiques : un chien à ses côtés portant parfois dans sa gueule un pain.
– Un ange lui soignant la plaie (peste) de sa jambe qu’il présente en relevant un morceau de son vêtement.
– Quelquefois la croix qui marque sa poitrine dès sa naissance est représentée soit sur le corps ou à l’extérieur sur le vêtement.

De la peste à… l’Amour

  Saint Roch de Montpellier Jeune pèlerin-médecin
  Roch, enfant de l’amour, de la prière et de la croix

Jean et Libère font partie de la riche bourgeoisie de la ville de Montpellier. Les pauvres se plaisent à exalter leur générosité, les étrangers leur bonne hospitalité et stroch5tout le monde leur ardente dévotion. Grand est leur amour conjugal, que la foi en Dieu unifie et fortifie spirituellement ! Leur plus cher désir est que ce bonheur soit couronné par la venue d’un enfant. Mais Dieu met leur patience à l’épreuve.

Durant des années, dans la prière fervente par l’intercession de la Vierge Marie, en l’église Notre-Dame des Tables, ils se préparent à l’événement. Leur prière finit par toucher le coeur de Dieu et, vers 1350, Libère met au monde un bel enfant. Curieusement, Roch porte sur la poitrine une marque rouge en forme de croix, présage d’une vocation particulière au dévouement et au sacrifice.

Pendant son enfance, ses parents lui parlent souvent des ravages occasionnés par la peste de 1348 : sur les 12 consuls de la ville, il n’en reste que 3 ! Chez les Dominicains, sur les 140 frères, seulement 8 survivent… Lors de l’épidémie de 1361, Roch assiste à l’atroce hécatombe. Pendant trois mois, près de 500 personnes meurent chaque jour. Partout il rencontre des petits orphelins qu’il ramène à la maison pour être nourris, soignés, hébergés… En s’endormant le soir, Roch tourne son coeur vers Celui qui a dans ses yeux toute la Lumière du monde et il lui dit :  » Jésus, donne-moi la force, lorsque je serai homme, d’affronter ce terrible fléau ! Je veux être médecin pour aller vers ceux que tout le monde fuit. Je les soignerai et, par ta grâce, ils seront guéris… « 

Son physique attachant, son tempérament doux, sa perpétuelle bonne humeur, sa constante joie de vivre, le font aimer de tous. Ivre de joie de se savoir lui-même aimé d’un amour fou par Quelqu’un, il chante les toutes-dernières cantilènes apprises des troubadours, des baladins et des jongleurs qui passent dans la capitale du Languedoc.

Roch adolescent :
Devenir pauvre pour servir les pauvres !

Quand on a quinze ans au XIVème siècle, on a l’âge d’homme. Si beaucoup de garçons de son milieu et de son âge rêvent d’être professeurs de Droit, chirurgiens ou chevaliers, lui a choisi d’aider, de réconforter, de consoler ses frères exclus. D’ailleurs, les stroch6événements vont bientôt se charger de précipiter les choix faits dans le secret de son coeur. Avant de mourir, le père gravement malade confie à son fils :  » Roch, mon cher enfant et mon seul héritier ! Je vais quitter cette vie mortelle, dans l’espérance d’avoir part au Royaume des cieux. Mon très doux enfant, voici ce que je te recommande : mets-toi au service du Christ ! Sois bon pour les pauvres, multiplie les aumônes, visite et soigne les malades, ce sont les frères de Jésus ! » Terrassé par une forte fièvre, Jean rend son âme à Dieu, suivi peu après par Libère. Âgé de quinze ans, Roch a reçu de ses parents le modèle de l’amour chrétien, le témoignage de leur charité, authentique incarnation de leur foi rayonnante. Ils ont été pour lui la première école de sainteté. Maintenant c’est le passage à l’acte. Il lui faut entreprendre ce qu’il porte depuis si longtemps dans son coeur : Servir ses frères souffrants, les soigner, prier pour eux.

Il ne faut pas omettre de dire que Montpellier possède depuis 1141 des écoles de médecine et de droit, puis en 1289 une université où, plus tard, Rabelais viendra y étudier. Sa faculté de médecine est la plus ancienne et la plus prestigieuse d’Europe. Là, Roch y côtoie les plus célèbres chirurgiens et apothicaires du temps.

Peu à peu, Roch prend ses dispositions en vue du partage de ses biens. En secret, il vend tout ce qu’il peut et en distribue le prix aux jeunes femmes pauvres, aux veuves, aux cloîtres et aux hôpitaux. Il cède ensuite à un frère de son père le reste de ses biens et tous ses droits à la succession paternelle.

L’âme libérée des richesses de ce monde, Roch choisit d’aller louer Dieu à Rome, sur les tombeaux des saints apôtres Pierre et Paul. Après avoir obtenu les autorisations des autorités ecclésiastiques et civiles, arrive le jour de l’envoi du pèlerin, sanctifié par une bénédiction particulière de l’Église. Le prêtre consacre la besace :  » Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, reçois cette besace, insigne de ta pérégrination aux tombeaux des saints apôtres Pierre et Paul, où tu veux te rendre. Et qu’ayant achevé ton voyage, tu nous reviennes en bonne santé et joyeux, par la grâce de Dieu qui vit et règne dans les siècles des siècles !  » Puis il consacre le bourdon :  » Reçois ce bâton, réconfort contre la fatigue de la marche dans la vie de ton pèlerinage, afin que tu puisses vaincre toutes les embûches de l’Ennemi et parvenir en toute tranquillité aux tombeaux des saints apôtres Pierre et Paul. Et que, le but atteint, tu nous reviennes avec la joie, par la grâce de Dieu !  » Enfin le prêtre lui remet l’habit traditionnel du pèlerin  » Romieu  » : Le chapeau rond à larges bords, droits et relevés, et la cape. Largement ouverte par devant, avec parfois un capuchon, elle couvre le corps tout entier jusqu’aux pieds. C’est la pèlerine. Roch a quitté ses habits de jeune nanti. Pour aller à la suite du Christ pauvre, le voici maintenant revêtu de ceux du pèlerin. Avant de quitter Montpellier, Roch se rend à l’église Notre-Dame des Tables, prier la Vierge Marie. Il se souvient que Libère lui avait souvent raconté que, avec Jean, c’était devant la Mère de Miséricorde qu’ils avaient demandé à Dieu un enfant… À elle encore aujourd’hui, Roch vient confier ses pèlerinages : celui de Rome et celui de toute sa vie ! Comme tous les pèlerins du Moyen Âge, il trouvera sur le parcours des « hospices », « hospitals » « aumôneries » ou « maisons-Dieu », souvent édifiés hors les murs des remparts des villes. Ainsi, même après la fermeture des portes de la ville, les pèlerins y trouvent le gîte, le vivre et le couvert. Il faut rappeler qu’au Moyen Âge, l’accueil du pèlerin est une des cinq oeuvres de miséricorde.

Roch, jeune pèlerin de Dieu, secours des malades

Sur son périple qui le conduit à Rome, le jeune Montpelliérain fait étape à Acquapendente, en Toscane, fin juillet. Cette région d’Italie est alors ravagée par une stroch8effroyable épidémie de peste qui décime la population. Là, il demande le chemin de l’hôpital. Il y est reçu par un nommé Vincent. Ému par son jeune âge, ce dernier tente de le dissuader d’entrer dans ce lieu où sévit la contagion. Mais Roch insiste : n’est-ce pas là que sont ses frères en Christ ? La porte s’ouvre enfin… Dès le lendemain, Roch se fait infirmier et serviteur de tous. Comme les chirurgiens le lui ont appris, il ouvre les abcès à la lancette, essuie et nettoie les plaies. Puis il prie et trace le signe de la croix en invoquant Dieu, Trinité Sainte, pour la guérison du malade : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! »

Roch sait qu’il n’est que l’humble instrument de la puissance régénératrice du Dieu de bonté qui guérit.

Après l’hospice, il va visiter et soigner les malades de maison en maison. Il reste trois mois dans cette ville, jusqu’à ce qu’elle soit délivrée de l’épidémie. Mais au lieu de repartir directement vers Rome, il se rend à Césène en Romagne. Là, il se fait à nouveau infirmier et consolateur des mourants. Après son passage, beaucoup sont guéris.

Rencontre du Pasteur de l’Église et de Roch

Roch arrive à Rome au début de l’année 1368. Il va trouver le responsable de la Sacrée Pénitencerie qui lui confère le sacrement de pardon, avant de recevoir le Corps du Christ. L’ecclésiastique lui demande sa prière afin d’être préservé de la peste. Roch l’assure de son intercession, s’avance et, pour le préserver de la contagion, trace le signe de la croix sur le front du prélat contrarié. Marque qui restera indélébile…

stroch9Soucieux de se ménager la protection du saint thaumaturge, le clerc lui obtient une audience avec le pape Urbain V. Urbain V, ancien Abbé de la Congrégation bénédictine de Saint-Victor de Marseille, avait enseigné les disciplines du Droit à Montpellier, Toulouse et Paris. Ordonné évêque le 6 novembre 1362, puis intronisé Pape en Avignon par le Cardinal de Maguelonne, son plus cher désir fut de ramener la papauté à Rome. Il fallait en effet une personnalité exceptionnelle pour présider aux destinées de la chrétienté, en cette époque si sombre de son histoire : Guerres dévastatrices, grandes compagnies, famines et épidémies.

Le retour – hélas temporaire ! – de la papauté à Rome était signe d’une volonté de retrouver toute une dimension spirituelle. Lorsque Roch s’avance et s’agenouille devant le Pasteur universel de l’Église, celui-ci plein d’admiration lui dira :  » Il me semble que tu viens du paradis ! « 

À nouveau, s’entredéchirent les factions romaines. Les princes italiens menacent sans cesse le pouvoir d’Urbain V qui va devoir quitter Rome pour retourner en Avignon.

Roch lui aussi va quitter cette ville où il est resté trois ans. Il sait que les provinces italiennes qu’il va traverser pour regagner son pays natal sont toujours la proie du fléau, mais qu’importe ! Conscient du charisme reçu de Dieu, et dans son ardente charité, il veut secourir ses frères malades.

Une blessure providentielle d’amour

Sur le chemin du retour, Roch passe par Rimini et retourne à Plaisance où sévit la peste. Il se rend à l’hôpital Notre-Dame de Bethléem, où il soigne les malades atteints de cette maladie. Une nuit, alors qu’il dort profondément, il fait un songe : Une voix lui annonce qu’il va à son tour souffrir du mal contagieux dont il soulage autrui.

stroch10Roch se réveille au matin, le corps en feu. La fièvre brûle sa peau et l’étreint férocement. Le haut de sa cuisse le fait horriblement souffrir. Le jeune pèlerin se réfugie dans la forêt de Sarmato toute proche, et, paisible, attend de rencontrer son Seigneur…

Pour étancher sa soif intense, le Ciel fait alors jaillir une source d’eau vive du rocher où il s’est réfugié. Il s’y désaltère à grands traits, louant la Providence secourable. Après l’eau, elle placera près de lui un animal, fidèle compagnon de l’homme. Notre ami le chien va être à l’origine d’une belle amitié et d’une conversion de son maître à Jésus-Christ. Le Seigneur ne se sert-il pas de ses créatures et même de sa création pour le bonheur et la sanctification de l’homme ?

Roch, Gothard et le chien charitable

Ayant trouvé refuge dans une anfractuosité naturelle du rocher, Roch se désaltère et lave sa plaie avec l’eau fraîche de la mystérieuse source. Non loin de là, habite Gothard Pallastrelli. Il a quitté sa riche demeure de Plaisance pour se préserver de l’épidémie, et il habite dans sa villa, près de la forêt de Sarmato. Depuis quelques jours, il a remarqué qu’un de ses chiens, un jeune épagneul noir et blanc, avec la queue en trompette, saisit dans sa gueule du pain à sa table et l’emporte au dehors. Mais où court-il ainsi ? Intrigué par son manège, Gothard suit le chien et découvre Roch… À la vue de ce jeune homme en si grand dénuement, le coeur de Gothard est ému. Il s’approche de l’inconnu et lui demande qui il est et de quoi il souffre.  » Je suis un pestiféré, répond Roch, c’est pourquoi je te demande de partir, car tu risques d’être contaminé, toi aussi… « 

stroch11Gothard retourne dans sa villa, en méditant sur ce qu’il a vu. Au fait, son chien n’est-il pas plus charitable que lui ? Il a honte de sa lâcheté et décide de revenir auprès du jeune malade. Surpris, Roch voit dans ce retour la volonté de Dieu. Il accepte à ses côtés le riche seigneur qui se fait alors serviteur du pauvre pèlerin. Craignant la contagion et ne voulant pas épouvanter les siens, Gothard décide de ne pas retourner chez lui. Mais voici que le chien n’apporte plus de nourriture aux deux amis. Le seigneur est inquiet : « Comment allons-nous faire pour trouver à manger ? « , interroge-t-il. « 

Prends ton manteau, et va quêter dans les environs « , répond Roch.
Humiliation sans nom pour ce haut personnage, notoirement connu ! Cependant, encouragé par Roch, il part quêter pour l’amour de Dieu… Devant chaque porte, il tend la main. Mais la besace reste vide, alors que pleuvent à profusion refus, injures et mauvais traitements. Paradoxalement, il accueille toutes ces épreuves avec un bonheur qu’il n’avait encore jamais connu dans les plaisirs de ce monde. Enfin, après une longue course, il rapporte au malade tout juste deux petits pains.
Mais Roch se réjouit de savoir que son bienfaiteur a souffert pour l’amour de Jésus-Christ. Dès lors, ils partagent le quotidien. Roch explique au jeune seigneur la Sainte Écriture et lui enseigne la toute-puissance et la miséricorde de Dieu.
Comme le Précurseur Jean le Baptiste, il évoque la pénitence, et comme le Christ, il rappelle le pardon de Dieu. Du fond du coeur, il désire que son ami rencontre le Christ et sa Bonne Nouvelle. Aussi prie-t-il dans le silence et la solitude de la forêt de Sarmato. Voyant son ami vivre ce qu’il enseigne, Gothard désire lui aussi connaître la vie toute simple, toute sobre de pèlerin du Christ.

Un jour, tandis que Gothard revient de la ville et regagne la cabane, il entend une voix appeller :  » Roch !  » La voix mystérieuse annonce au jeune malade qu’il est guéri et qu’il doit reprendre le chemin de sa patrie. C’est ainsi que Gothard découvre enfin le nom de celui qui avait désiré rester un pèlerin anonyme, un serviteur inutile.
Arrive alors l’heure de la séparation dans une douleur réciproque. Mais dans les yeux et le coeur de Roch rayonne la joie d’avoir été témoin de la conversion de son bienfaiteur à la foi en l’unique Bon Pasteur. Miraculeusement guéri, Roch reprend sa marche en direction de l’Hérault. Mais ce sera en fait un chemin de croix vers le Ciel : de la souffrance vers la Vie, de la mort à la Résurrection !

Prisonnier des hommes, libre pour Dieu

Traversant la Lombardie en direction de la province d’Angera, aux environs de Voghera, Roch est arrêté par des soldats qui le prennent pour un espion à la solde du Pape. Conduit devant le gouverneur pour être interrogé, il déclare être un humble serviteur de Jésus-Christ, et demande à ce titre qu’on le laisse passer son chemin. Cette réponse jugée équivoque, il est jeté dans un cachot. Cette épreuve est un purgatoire où il va souffrir avec patience, dans l’abandon et la prière, les cinq dernières années de sa vie.

Aussi Saint-Roch est-il le secours des prisonniers, des condamnés, des oubliés de ce monde. Car jamais le jeune Montpelliérain n’a décliné sa véritable identité qui aurait stroch12pourtant pu le sauver, le gouverneur étant son oncle maternel. Fidèle qu’il fut à rester jusqu’à la fin le pèlerin inconnu, humble et pauvre. Pressentant que le Ciel l’appelle à quitter la terre, pour le grand pèlerinage vers son Seigneur, Roch fait demander un prêtre au gardien de la prison, pour recevoir le sacrement du pardon. L’Ange de Dieu qui le réconforte en ses derniers moments lui dit :  » Roch, humble et loyal serviteur de Jésus, je suis envoyé à toi de la part de Dieu le Père tout-puissant, afin que tu lui présentes ton âme. Mais avant, fais-lui une requête, car de lui tu obtiendras ce que tu demanderas.  » L’Ami de Dieu demande alors que tous ceux qui, au nom de Jésus et Marie, feront appel à son intercession, soient affranchis et délivrés de toutes maladies contagieuses. Vers 1379, le lendemain de la fête de l’Assomption de la Vierge Marie, Roch entre avec joie dans sa pâque éternelle. La veille, grâce à la croix rouge qui marque sa poitrine, son oncle – le gouverneur – et sa vieille grand-mère maternelle reconnaissent enfin l’illustre personnage dans l’anonyme prisonnier. D’après les « Acta Breviora » (auteur anonyme latin), un Ange inscrivit son nom en lettres d’or sur une tablette, auprès de son corps transfiguré. Y était aussi contenu comment Dieu avait accordé grâce à sa demande. À savoir : Que tous ceux qui honoreraient avec foi et humilité le glorieux Saint seraient protégés des épidémies de maladies contagieuses.

Du coeur du peuple de Dieu à la gloire des autels

À ce jour, aucun historien n’a pu – même approximativement – situer l’endroit où se trouverait le tombeau du Saint, et l’église que l’on y aurait construite, où immédiatement commença sa dévotion. Nous avons seulement le témoignage que sa fête était célébrée à Voghera.

stroch13À la fin du XVè siècle, les Vénitiens sont sans cesse éprouvés par l’épidémie de peste. Pour conjurer ce fléau, ils fondent des confréries dédiées au Saint, avec la vocation toute spéciale de soigner et d’ensevelir les pestiférés. Mais seules les reliques du saint thaumaturge leur paraissent être d’une protection vraiment efficace. Ils souhaitent donc les posséder pour la protection de leur cité. Selon une pratique fréquente à cette époque, ils décident de s’en emparer furtivement. L’enlèvement est opéré dans la nuit du 24 au 25 février 1485. En 1489, pour abriter ce précieux dépôt, Venise fait ériger un riche sanctuaire, qui sera décoré par les plus illustres artistes du XVIè au XVIIIè siècle.

Au XVIè siècle, sur le Campo San Rocco, on élèvera un somptueux palais : la « Scuola di San Rocco », siège de la confrérie qui allait devenir un foyer artistique (oeuvres du Tintoret) et centre d’oeuvres charitables, activités qui perdurent jusqu’à ce jour. Dans les régions méditerranéennes où Saint-Roch a pèleriné, la dévotion des fidèles se porte de préférence vers les humbles ou bien les riches devenus pauvres par choix délibéré, et qui se sont distingués de leur vivant par leur charité, leur ascétisme, leur piété. Roch est de ceux-là !

Même en l’absence de toute reconnaissance officielle, le bon-sens baptismal du peuple de Dieu a reconnu en Roch un témoin de Dieu proche des petits, des malades, des exclus. Par sa bonté, sa ferveur et son charisme de guérison, il conduisit à Dieu ceux qui étaient abandonné de tous. Son culte apparaît au début du XVè siècle et il se propage avec une telle ferveur populaire, qu’il est rapidement invoqué partout en Europe comme protecteur contre la peste et les maladies contagieuses.

Sous le pontificat de Grégoire XIII, Saint-Roch est introduit dans le martyrologue romain à la date du 16 août. Il est alors fêté non seulement à Maguelonne – son évêché d’origine – mais jusqu’au Danemark. Enfin, Urbain VIII approuve solennellement son culte, le 26 octobre 1629.

Roch rayonne dans toute l’Europe et ailleurs…

Comment ce jeune homme inconnu, qui n’a laissé ni parole, ni écrit, a-t-il pu être invoqué comme un saint dans tout l’Occident par vox populi, si peu de temps après sa courte vie ?

stroch14Plusieurs facteurs ont contribué à la propagation de ce culte :
– Le charisme que Roch avait reçu pour guérir ses contemporains de la peste.
– La grâce accordée par Dieu pour être le saint protecteur des maladies contagieuses.
– Ses premiers témoins : la foule de tous ceux pour lesquels il a demandé et obtenu la guérison.
– Son ami et disciple Gothard, ceux qui ont accompagné son séjour en prison. (Quarante ans après sa mort, le lien est fait entre le guérisseur de Plaisance et le prisonnier.)
– La décision du concile de Ferrare qui, menacé en 1439 par une épidémie de peste, aurait prescrit des prières publiques pour demander l’intercession du Saint montpelliérain.
– La publication à une date inconnue de la première « Vie de saint Roch », en italien, traduite en allemand dès 1484.
– Un autre texte hagiographique d’un anonyme latin (fin XIVè ou début XVè siècle) sera traduit en français en 1494 par un Dominicain, Jehan Phélipot.
– En 1483, parut à Venise une « Vie de saint Roch » de François Dideo, professeur de Droit à Padoue .
– Le transfert d’une grande partie des reliques du Saint de Voghera à Venise, en 1485. – Les relations commerciales de ce port avec toute l’Europe firent le reste…
– Le théâtre religieux contribue aussi à sa popularité : en 1493, on joue un  » Mystère de Monseigneur Saint-Roch « .

À Montpellier, sa ville natale, le culte de saint Roch fut assez lent à se mettre en place. Cela s’explique par le fait que la partie de la vie de Roch où sa sainteté s’est clairement manifestée par un charisme, se déroula en Italie où il mourut.

Le chanoine Jean Segondy rattache la naissance du culte de Saint-Roch à Montpellier, au passage du missionnaire dominicain saint Vincent Ferrier, en 1408 et en 1416. Entre 1410 et 1420, la ville de Montpellier lui dédie une chapelle qui se trouvait au couvent des Dominicains.

stroch15Une confrérie de Saint-Roch fut établie en l’église Notre-Dame des Tables, en 1661. Lors de la peste de Marseille, en 1720, il se fit à Montpellier des « processions, prières et jeûnes » pendant deux mois, le tout placé sous l’intercession de Saint-Roch.

Le plus ancien Ordo du diocèse conservé – celui de 1616 – ne souffle mot de Saint-Roch qui, par contre, est mentionné dans l’Ordo de 1748. Il faut attendre 1817 pour voir la publication à Montpellier de la plus ancienne  » Vie  » du Saint. L’actuelle église Saint-Roch a été construite en 1865 par l’Abbé Recluz. En 1832, une épidémie de choléra attire l’attention sur Saint-Roch, protecteur de la peste et des maladies contagieuses.

C’est à la suite de l’impression d’un recueil intitulé  » Prières à Jésus, à la Sainte Vierge et à Saint-Roch pour tous les jours de la semaine contre les ravages du choléra-morbus « , que le clergé – c’est là un fait nouveau – va guider la piété des fidèles et encourager la dévotion.

Aujourd’hui, chaque 16 août, la paroisse Saint-Roch de Montpellier fête son jeune pèlerin guérisseur dans un grand élan de ferveur populaire : messe chantée, vénération et procession des reliques à travers la ville.

– À Pont d’Ouilly (Calvados), un Grand Pardon de Saint-Roch se déroule chaque année, le dimanche qui suit le 15 août.
– En Lozère, un pèlerinage à Saint-Roch attirant des milliers de personnes a lieu tous les ans à L’Hospitalet de Lajo, près de Saint-Alban sur Limagnole.
– À Hergnies (Nord), l’Association des amis de Saint-Roch organise chaque année une procession en l’honneur de Saint-Roch.
– Dans les pays du Tiers Monde christianisés aux temps modernes, le culte du pèlerin guérisseur atteste la permanence de la foi en son intercession victorieuse du mal. (Textes empruntés au site Livres-mystiques.com)

stroch18Saint Roch est le saint patron :
– Des chirurgiens
– Des ouvriers de la pierre
– Des gens de la terre
– Des boulangers
– Des mégissiers ou tanneurs de peaux
– Des vignerons dans de nombreuses provinces de France
– De la faculté de pharmacie de Montpellier
– Des maîtres chiens (agents cynophiles, éducateurs canins).
– Des punks
– Des bateliers
– des eclus

Attributs

On reconnaît Saint-Roch à son bâton (le bourdon) qu’il tient à la main.
Parfois, il porte une besace, le chapeau et la cape de pèlerin.
Un chien se tient à ses côtés avec un ange.
Il relève un pan de sa cape pour faire voir la plaie qu’il a à la jambe.

Liste précise des attributs de saint Roch :
– Bourdon de pèlerin
– Bubon ou plaie en haut de la cuisse gauche
– Chapeau à larges bords
– Chapelet attaché à la ceinture
– Chien
– Coquilles Saint-Jacques cousues sur l’habit
– Gourde attachée au bourdon
– Haut-de-chausse baissé sur la jambe gauche
– Pèlerine de voyageur
– Pestiféré qu’il guérit

Scènes

stroch17– Le saint distribue ses biens aux pauvres avant de partir en pèlerinage.
– Il soigne les pestiférés.
– Le Christ désigne Saint-Roch comme patron à invoquer contre la peste
– Dans une forêt, le saint est réconforté par un ange et ravitaillé par un chien.
– Le saint invoque la vierge pour la guérison des pestiférés.
– Le saint en prison, visité par un ange.

Dictons

On dit :
 » C’est Saint-Roch et son chien  » (2 personnes inséparables)
 » Qui aime Saint-Roch, aime son chien  »
 » Peigné comme Saint-Roch  » (Quelqu’un de mal peigné)
 » La Saint-Roch annonce le temps d’automne « 
 » A la Saint-Roch, les noisettes on croque  »
 » À la Saint-Roch, grande chaleur prépare vin de couleur  »
« Après la Saint-Roch, aiguise ton soc et chausse tes sabots »
Pour les laboureurs, car le moment est venu pour eux de préparer les labours pour les  semailles d’automne
 » Qui voit saint Roch, voit bientôt son chien  » (2 personnes qui toujours se suivent)

(Textes empruntés à la Fondation Saint-Roch du Québec)

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