Mon Chemin par Agnès (Agnès – 2012)

Mon Chemin par Agnès – Mai et Septembre 2012

Mon chemin a débuté le 11 mai 2012 au Puy-en-Velay. Partie seule, je n’ai pour ainsi dire jamais été seule. Une Grenobloise avec son frère et des amis m’ont parlé longuement. Quand je les ai quittés, 2 Espagnoles se sont vite jointes à moi jusqu’à Montbonnet où je m’arrêtais. Devant le gîte « L’Escole »-ancienne école- était assis un couple d’Australiens. On entame la conversation en Anglais. Puis arrivée d’un couple d’Allemands et finalement 2 Allemandes ne parlant que leur langue. J’ai fait appel à mes souvenirs de scolarité en Allemagne dans les années 60 pour leur traduire les consignes du gîte, puis pour les aider car elles peinaient sur les prochaines étapes, ne pouvant téléphoner pour les réservations, ce que j’ai fait à leur place. Le lendemain matin au petit-déjeuner, elles m’ont demandé si l’on pouvait partir ensemble. Pas de problème. A Monistrol, elles étaient dans un gîte différent du mien mais au moment de se séparer, elles ont à nouveau proposé de nous retrouver le lendemain matin, et ainsi de suite. On a donc fait équipe toutes les trois.

Pédro et ses deux pèlerins

Nous marchions au même rythme. On admirait les paysages, les fleurs, on profitait des forêts, des clairières et …des chemins boueux en bonne entente ! Jamais de protestations, jamais de soupirs d’agacement : une très bonne atmosphère entre nous. Et de longs moments de silence propices à la réflexion et au calme intérieur, la conversation étant tout de même limitée par la barrière de la langue. En plus de tout ce que le chemin apporte à chaque pèlerin, j’ai pu bénéficier d’un bain linguistique avec les anglophones et réactiver ma connaissance de l’Allemand peu pratiqué ici et qui s’améliorait de jour en jour au contact de Christa et Rosewita. Avant mon départ, je ne soupçonnais pas cet aspect du chemin et ma pratique de l’Anglais et plus modestement de l’Allemand m’ont permis de converser avec un Tchèque, une Sud-Africaine, des Norvégiennes, des Canadiens, une Israélienne, des Néerlandais, des Suisses etc….

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Hélas, le 29 mai au soir à Lauzerte, j’ai dû quitter précipitamment mes compagnes et interrompre mon chemin pour rentrer à la maison (Motif : cambriolage). Je prévois de reprendre la suite vers le 18 Août et peut-être aller au-delà de mes projets initiaux. En « caminant » (expression employée par le responsable du gîte Au Soulié de St Jacques), j’ai pu vivre des moments de bonheur permanent dans la nature déployant ses tapis de fleurs printanières au bord du chemin ou dans des prairies verdoyantes, apprécier les chants d’oiseaux et découvrir l’amitié et la solidarité de mes compagnes qui se reposaient sur moi pour la lecture des panneaux, pour leur servir d’interprète dans les magasins ou dans les gîtes. Expérience très intéressante et enrichissante.

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Reprise de mon chemin quitté brutalement en mai, le 1er Septembre à Moissac. Cette continuation entre le 1er et le 16 sept. a confirmé ma première impression des 3 semaines à pérégriner du Puy-en-Velay à Lauzerte au printemps dernier. Désir toujours plus vif chaque matin d’aller de l’avant , de découvrir un nouvel itinéraire menant vers chapelles, églises, villages, paysages différents, retrouvailles de pélerins connus ou nouvelles rencontres . Bonheur de marcher seule à travers bois, d’être rejointe par une biche me fixant bien avant de se remettre à galoper dans toute sa grâce…Bonheur d’assister au lever du soleil dans toute sa splendeur : lueurs rouge orangé à l’horizon puis apparition d’un arc qui grandit, s’élève jusqu’à devenir une grosse orange, un disque somptueux. Des instants privilégiés ! Et chaque jour nous en réserve au point que j’en oublie les moments de fatigue, les parcours plus pénibles, les douleurs momentanées…

ag4Je salue le Poète au passage…

Raison de plus pour remercier St Jacques si souvent présent en statue, en peinture, en vitrail. Joie de rencontrer également beaucoup de sculptures de Jeanne d’Arc dans des églises ou sur des places de villages. Clin d’oeil à ma Lorraine natale. Nous habitions dans mon enfance à quelques kilomètres de Domrémy et c’était fréquemment un but de promenade pour la famille. La région Aquitaine lui a été reconnaissante de l’avoir libérée du joug Anglais pendant des siècles.

ag5Formidable de dormir dans ce gîte la veille de la pré-rentrée…

A St Jean Pied-de-Port j’ai été étonnée de trouver une foule de pélerins de tous les continents débutant leur chemin pour monter au Col de Roncevaux. Là encore, des images inoubliables d’une mer de nuages dans ce décor pyrénéen. La plus inattendue des rencontres a été celle de Michel et de Truus (pélerine néerlandaise) au Pays Basque. Ils s’étaient déjà rencontrés en 2007 et les voilà qui s’embrassent tout heureux de se revoir devant moi ébahie; je connaissais les 2 mais n’imaginais pas un instant qu’ils pouvaient se connaître !!! Tout cela me fait chaud au coeur et avant Compostelle, je peux affirmer que le Chemin est saupoudré d’étoiles, la preuve, j’en ai plein les yeux !

ag6Montée vers Roncesvalles…

« Marcher, c’est se désinstaller. Marcher, c’est oser partir. »
(Extrait d’une prière affichée à l’église de Montréal-du-Gers).

Grâce à vous tous, à vos témoignages, j’ai osé partir et vous en remercie du fond du coeur.
Et je repartirai.

Agnès.

 

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