Pèlerinage vers Rome (Chantal et Thierry Genevier)

PÈLERINAGE VERS ROME

2015 – L’heure de la retraite a sonné. Je vais enfin pouvoir réaliser quelques projets en dormance.
D’abord prendre le chemin vers Saint-Jacques de Compostelle. Et en 4 temps me voilà arrivée à Santiago en octobre 2016,
accompagnée de mon époux Thierry que je n’ai même pas eu à convaincre.

Le virus du pèlerinage nous a atteints.
Saint-Jacques de Compostelle, oui, mais Compostelle n’est qu’un des 4 pèlerinages essentiels de la religion catholique.

Alors, notre prochaine destination sera Rome depuis notre domicile.
Et puisque Toulon n’est qu’à quelques pas de Saint-Maximin la Sainte Baume,

nous ferons d’une pierre 2 coups : Toulon / Saint- Maximin-la-Sainte-Baume / Rome, ralliant ainsi 2 hauts lieux de pèlerinage.

Fin mai 2017 nous décidons de rejoindre dans un premier temps Saint-Maximin-la-Sainte-Baume avant les grosses chaleurs (pensons-nous !)

1er TRONCON : TOULON / SAINT-MAXIMIN-LA-SAINTE-BAUME : du 22 au 24 mai 2017 – 3 jours = 70 km

Nous gagnons d’abord Signes : 32 km et 1 090 m de dénivelé, quand même pour notre premier jour !
Mais nous avons quitté la maison tôt le matin et la seule difficulté sera la descente de 3 km après la ferme de la Limate.  

Après une nuit reposante, pour atteindre l’hostellerie de la Sainte-Baume nous attaquons une rude grimpée dans la chaleur : 9 km en 4 heures.
La traversée du plateau aurait pu nous apporter un peu de répit mais c’est sans compter sur les rochers et cailloux.
Quant à la descente, elle est à la mesure de la montée et ce n’est qu’en arrivant à la grotte que nous pouvons souffler un peu.

Notre pèlerinage vers Saint-Maximin sera déjà terminé au 3ème jour, mais il nous faudra encore affronter la chaleur qui semble bien arrivée.
Nous avons le plaisir de découvrir sur un tronc d’arbre la 1ère clé nous indiquant que nous sommes bien sur le chemin vers Rome.

 

2ème TRONCON : SAINT-MAXIMIN-LA-SAINTE-BAUME / FINALE LIGURE : du 16 avril au 3 mai 2018 –  18 jours = 400 km

Nous reprenons notre périple en avril 2018. Nous allons traverser le Var, puis les Alpes-Maritimes et entrer en Ligurie.
La première semaine se fait sous la chaleur (déjà) ; je suis inquiète car mon point faible est mon peu de résistance à la canicule.
De plus nous marchons beaucoup sur du bitume qui renvoie la chaleur et échauffe les pieds.
Les kilomètres s’ajoutent les uns aux autres : Brignoles, Carcès, Lorgues, Le Muy.
Nous croisons « notre » premier pèlerin qui vient des Alpes-Maritimes.
Puis dans le gîte qui nous accueille nous partageons la soirée avec un second pèlerin qui rejoint Saint-Jacques de Compostelle depuis Florence !
Il prévoit une expédition de 3 mois.

Nous sommes encore dans le Var : Puget-sur-Argens, Agay. La marche est facile : peu de dénivelé. Le fléchage, sans être trop présent, est régulier.
Dès notre arrivée dans les Alpes-Maritimes, le relief change petit à petit, les sentiers remplacent les routes bitumées mais le dénivelé augmente
et les températures diminuent. Notre chemin nous fait traverser de beaux villages et des sites remarquables :
Théoule, La Roquette-sur-Siagne, Biot, Vence, Aspremont, Notre-Dame de Laghet, Menton.
Nous rencontrons « notre » 3ème pèlerin, un Suisse Allemand dont la destination est Arles.

Au 14ème jour de marche nous passons la frontière italienne et poursuivons vers San Remo puis Linguaglietta, San Bartolomeo al Mare,
Albenga et pour terminer Finale Ligure. Les sentiers sont de plus en plus difficiles : des passages encombrés d’une végétation qui nous engloutit,
des chemins pierreux, des grimpées raides, des descentes dangereuses en raison d’un terrain raviné ou d’une terre pulvérulente.
Et surtout le fléchage est sinon inexistant, du moins  très capricieux : on devine parfois une marque, on la découvre sous un buisson
à la faveur d’une rafale de vent, on la cherche en vain à la croisée d’un chemin ; on n’a qu’une certitude : tant que le soleil est face à nous le matin,
c’est que nous allons vers l’est et que nous sommes donc dans la bonne direction !

Le 1er mai nous partons en souci avec le ravitaillement ; nous trouvons une épicerie, mais aucun café ouvert.
Nous croisons une jeune pèlerine italienne qui va jusqu’à Menton.  Nous entamons une belle montée agrémentée par un concert de cloches
qui nous mène à l’église della Madonna delle Grazie dans l’arrière-pays d’Imperia.
Deux ânes attendent tranquillement dans le pré autour du parvis de la chapelle. Un organiste à la voix merveilleuse anime le moment de l’eucharistie.
C’est un enchantement.
Cette église renferme des ex-voto déposés en remerciement des miracles en faveur des pèlerins en chemin vers Saint-Jacques de Compostelle.
Nous nous faisons discrets à l’entrée, essayant de les distinguer puis nous reprenons notre route. Quelques centaines de mètres plus loin,
nous perdons le fléchage. Thierry se rend compte que nous sommes allés trop haut.
Nous rebroussons chemin et découvrons une vieille flèche à une intersection.
Nous poursuivons notre route non sans mal : le fléchage est très aléatoire et nous nous rendons compte que nous ne pouvons pas lui faire confiance.
Dans l’après-midi, Thierry m’annonce que nous n’allons absolument pas dans la bonne direction et nous décidons alors de descendre sur la côte.
Nous arrivons à Imperia que nous traversons et où un panneau routier nous informe que San Remo où nous étions 2 jours plus tôt, n’est qu’à … 23 km !!!
Certes, en passant par l’arrière-pays nous avons découvert de beaux villages, mais à ce moment-là, sachant que nous étions encore
à 9 km de San Bartolomeo al Mare, destination prévue, mon moral a un peu flanché.
Heureusement à la sortie de la ville nous trouvons un Mac Do où nous pouvons nous rafraîchir un peu :
n’oublions pas que nous sommes un 1er mai et que dans les petits villages que nous avons traversés, tout était fermé.
Si on m’avait dit un jour que j’aurais remercié Mister Mac Do !
La journée s’est soldée par une grosse fatigue, plus de 37 km, 830 mètres de dénivelés … et un magnifique souvenir.
Mais quand même, perdre son chemin à partir de l’église consacrée aux pèlerins dans la difficulté, c’est un comble !     

Il ne nous reste plus que 2 jours de marche jusqu’à Finale Ligure et j’en suis contente car cette journée du 1er mai a mis mon corps
et un peu mon moral à l’épreuve, d’autant plus que je sais que ces 2 dernières étapes ne sont pas faciles :
29 km chacune avec 1 030 m et 600 m de dénivelé.
Mais le moral revient à chaque pas. J’apprécie le paysage, les champs de fleurs et les oliveraies que les ouvriers agricoles
entretiennent vaillamment à cette saison et toujours au loin de beaux villages perchés.

3ème TRONCON : FINALE LIGURE / CASTELFIORENTINO :  du 2 au 18 octobre 2018 – 17 jours = 400 km     

C’est en train (comme au retour du mois de mai) que nous nous rendons à Finale Ligure.
Nous ne perdons pas de temps puisque nous pique-niquons dans le compartiment et que nous attaquons notre marche à midi.
La reprise est difficile car en raison de la chaleur estivale nous nous étions mis au repos,
mais l’envie d’en découdre avec les sentiers est la plus forte.
Nous sommes heureux de retrouver les paysages accidentés de la Ligurie qui nous font découvrir de si beaux sites : Nolli, Savona, Arenzano.
Au bord de la mer c’est la surprise de cheminer sur une voie ferrée désaffectée dont les tunnels sont transformés en musées !
C’est la région de la céramique : de magnifiques tableaux en carrelage décorent ces tunnels qui sont d’ailleurs fermés la nuit afin d’éviter le vandalisme.   

Notre chemin nous contraint à traverser Gênes. Nous distinguons les ruines du pont Morandi
et avons une pensée émue pour les victimes du récent accident.
Nous sommes étonnés, après avoir subi la circulation automobile dans la partie récente de la citée,
de découvrir un Gênes ancien agréable, vivant, pittoresque.

Nous retrouvons les beaux villages haut perchés en passant par Camogli, Chivari,  Moneglia, Levanto, Volastra, Arcola ;
mais cela a un prix : toujours ces raides grimpées cimentées ou magnifiquement pavées.
Je fulmine contre ces dallages si agressifs pour nos pieds et à cause desquels il est impossible de s’aider en plantant les bâtons.
Mais je m’incline devant le travail si minutieux des ouvriers qui ont sué, se sont écorchés les mains,
se sont épuisés afin que les habitants ne glissent plus dans la boue ou la poussière en remontant chargés de leurs champs.    

Nous observons la cueillette des olives : la récolte sera belle. Il est intéressant pour nous d’avoir assisté au printemps
à une partie du travail dans les oliveraies et de découvrir maintenant la moisson. 

Cette traversée de la Ligurie me fait enfin comprendre pourquoi le pèlerinage vers Rome est si peu couru :
il faut être fou ou avoir de gros péchés à se faire pardonner pour se lancer dans une pareille aventure.
Le terrain est difficile et les structures ne suivent pas : fléchage indigent, peu de gîtes pour pèlerins ;
seulement un accueil chrétien à Savona et Camogli, une auberge de jeunesse à Levanto.

Nous avons de la chance avec le temps depuis notre départ de Finale Ligure.
En une dizaine de jours nous n’avons sorti les capes qu’une ou deux fois pour une petite bruine, mais en arrivant à Volastra,
au-dessus des Cinque Terre, de gros nuages apparaissent ; le soir éclairs et coups de tonnerre se succèdent ;
un gros orage éclate. Nous regardons les informations météorologiques à la télévision :
pour le lendemain, une alerte météo rouge est lancée,
les habitants sont invités à ne pas quitter leur logement et les écoles seront fermées ;
un responsable haut gradé (à voir la plaquette de décorations sur sa poitrine !) semble très inquiet.
Aussi nous décidons d’être prudents et nous remplaçons le rude dénivelé prévu avec risque de glissades et de chutes d’arbres
par une précautionneuse descente vers la côte et sous une petite pluie nous atteignons Manarola, un des villages des Cinque Terre.
Nous montons dans un train qui nous amène en 11 minutes à La Spezia où le temps est nuageux mais calme.
Nous nous fourvoyons un peu dans les faubourgs de la ville et retrouvons enfin notre chemin pour rejoindre Arcola.

Au 11ème jour nous avons le bonheur d’entrer en Toscane, de rencontrer notre premier pèlerin de cette partie :
un jeune Suisse qui descend aussi vers Rome, de longer de magnifiques vestiges romains à Luni, de découvrir les carrières de marbre de Carrare
qui éventrent la montagne, de pouvoir suivre le fléchage régulier de la via Francigena, de fouler des chemins presque plats  et de savourer à Massa
notre premier repas pèlerin dans un petit restaurant. C’est comme si on entrait au paradis !

Les villes où nous logeons rivalisent dans la présentation de l’art : les rues et places de Pietrasanta exposent des sculptures géantes en bronze
de Fernando Botero ; à Lucca les bâtiments anciens décèlent de beaux détails et les commerces juxtaposent marchandises et beaux objets,
se transformant ainsi en petites galeries d’art.

A Valpromaro nous trouvons enfin notre premier gîte tenu par un hospitalier fort intéressant.
Nous partageons le repas qu’il a très bien préparé avec un pèlerin allemand parti de Canterburry.
Nous le retrouvons le lendemain à l’accueil paroissial de Lucca.
Depuis notre entrée en Toscane nous trouvons à nous loger en accueils religieux, diocésains ou communaux beaucoup plus facilement :
à Pietrasanta, Valpromaro, Lucca, Altopascio, San Miniato Basso.

Entre Altopascio et San Miniato Basso nous rencontrons un couple français de pèlerins. Nous faisons un bout de chemin ensemble ;
ils sont du Mans et profitent tous les ans de leurs congés pour avancer sur la via Francigena pendant quelques jours.
Alors que nous partageons la déception de ne pas encore avoir vu les beaux paysages toscans présentés dans tous les guides touristiques
après plusieurs jours de marche dans cette région, nous découvrons en descendant une colline, une magnifique maison entourée d’un jardin
décoré de cyprès, de statues, de fontaines, de colonnes de marbre. Oui, nous sommes bien en Toscane !        

Le lendemain nous cheminons encore un peu ensemble puis nous les quittons à Castelfiorentino où s’arrête notre périple.
Un train nous conduit à Florence où nous nous perdons parmi les flots de touristes venus admirer toutes les merveilles de cette si belle ville.

Mais nous n’avons qu’une seule hâte : revenir en avril 2019 afin de terminer notre pèlerinage.

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