Pèlerine varoise sur le Chemin (Hélène – 2012/2014)

Témoignages de Hélène Lucas

Lorsque j’ai décidé de partir « faire Saint Jacques », j’ai cherché une amie qui prendrait son temps comme moi, car cela me semblait essentiel. Je cherchais alors, je le sais maintenant, une présence rassurante pour entreprendre cette « Aventure ». N’étant pas prête à cheminer avec une personne « inconnue », mais mon désir de partir étant impérieux, il ne me restait plus qu’à entamer ce pèlerinage « face à moi même » ! Ce que j’ai fait au mois d’avril 2009, encouragée et portée littéralement par mes ami(e)s de l’Association.

La traversée de l’Espagne en suivant l’itinéraire du Camino Francés. Insensiblement, durant 6 semaines, le Chemin m’a prise et amenée à faire un retour sur ma vie auprès de mon mari disparu, chéri depuis 46 ans. Il m’a conduite à faire l’apprentissage de cette immense solitude qui m’avait envahie, et qui m’accompagnerait le reste de ma vie. J’ai appris la nécessité de regarder devant, et d’avancer quelques soient les difficultés, sans jamais désespérer, comme nous l’enseigne le Chemin. Il m’a permis de faire une lente connaissance de moi même et de mes limites, par l’effort soutenu de la marche . J’y ai découvert l’enchantement de l’immersion dans la nature, qui, telle une belle partition de musique, vous transporte et transcende votre esprit. J’ai appris par toute l’intensité émotionnelle des rencontres et des séparations, que l’instant et la sincérité priment sur l’éphémère et le superficiel. Enfin « le Camino » m’a donné de vivre dans le dénuement, propice à l’égalité, au détachement et à la liberté, celle qui donne à l’homme toute son automie, le sens des vraies nécessités et des valeurs essentielles.

Jamais, le fait d’être seule ne m’a pesé ni même effrayée. Bien au contraire ! C’est grâce à cette « solitude » que mon « Chemin » m’a apporté tout cela. Bien plus que je ne pouvais l’imaginer, j’en suis certaine ! Même s’il m’est arrivé de marcher quelques jours avec une Québécoise, une Danoise, une Allemande, des Australiens ou des Français.

Au fil de mon chemin vers Saint Jacques, mon pèlerinage est devenu l’accomplissement d’un acte symbolique : « Le passage d’une vie à une autre », dont je suis revenue plus forte. Je repars cette année du Puy-en-Velay à Saint-Jean-Pied-de-Port d’où j’étais partie en 2009. Et bien sûr, ce sera seule, libre et disponible pour vivre une nouvelle fois cette belle aventure humaine et personnelle.

« Car entamer un pèlerinage c’est marcher vers l’espérance »

 

Chemin du Puy – Mai 2012

Mon Chemin en France, en ce mois de mai a débuté comme « une grande vadrouille » J’ai croisé des vacanciers, des promeneurs, des randonneurs trés organisés et trés encadrés, soucieux de préserver leur petit confort. Curieux de connaître ce Chemin mythique, qui fait tant parler de lui, ils avaient envahi les gîtes qui n’avaient pas même une place pour moi ! Et puis est arrivé l’Aubrac qui m’a saisi d’un grand vertige. Seule dans ce décor austère et grandiose, au milieu d’un parterre de jonquilles, j’ai eu la sensasion de cotoyer le Divin. J’avais enfin quitté ce monde de touristes et de curieux ! Au couvent de Saint Côme j’ai trouvé la paix. A Estaing, j’ai fait une très belle rencontre. Et la magie du Chemin m’a de nouveau emportée. J’ai poursuivi ma route avec détermination, en agrandissant autour de moi le cercle de ces rencontres improbables et joyeuses. Dans ma lente pérégrination, j’ai acquis la certitude que la Beauté ne peut être que la signature de Dieu !

 

Itinéraire entre le Puy et Conques – Avril-Mai 2014

Sollicitée par un très vieil ami qui souhaitait retourner à Conques pour la 7ème et dernière fois, je ne pouvais qu’en être émue et l’accompagner dans cet ultime pèlerinage.
Trés inquiet de savoir si ses jambes le porterait jusqu’au bout nous avons démarré silencieux attendant le verdict. A St Christophe sur Dolaison je sentis ‘mon Paul’ en confiance. Nous ne parlerons plus ni de ces genoux ni de son âge ! Et c’est dans un grand bonheur que nous avançions, de notre pas de sénateur disait il. Mais, pas tant que ça finalement! 25 km de moyenne sur 8 jours.
Embarqués encore une fois par la magie de ce chemin, ponctué de tant de souvenirs indélébiles et de sueur, nous devisions de mille choses…Car Paul est un homme très cultivé, capable de vous faire un cours d’histoire ou de géo-politique, de sciences ou de littérature, mais aussi de faire de l’humour. Son sujet de prédilection sur les chemins ce sont ses lettres, verbalement écrites, à Monsieur le Président de la Fédération Française de Randonnée qui s’ingénie à nous imposer systématiquement le tour de l’église, des boucles quand la ligne droite est le plus court chemin , monter pour descendre aussitôt et indéfiniment !!
Arrivés à Conques sous un beau soleil, retrouvailles émues avec un beau et grand jeune homme, déchiré par une douleur immense: la mort subite et de sa très jeune femme. Nous l’avions accompagné parfois dans sa recherche d’apaisement. Paul par sa sagesse, moi par mon histoire. Parti de Strasbourg, il arrivait enfin à Conques plus détendu, imaginant un avenir serein .
Un grand réconfort pour nous qui l’avions pris en affection. Nous n’échangerons ni nos numéros de téléphone ni nos mail.Très heureux d’avoir simplement posé une petite pierre sur son chemin de vie.
Ayant accompli ce dernier pèlerinage avec autant de bonheur, Paul a émis l’espoir que sa 81ème année le porterait, à nouveau peut être, sur Le Chemin …

 

Chemin du Piémont Pyrénéen – Juin 2014

Mon Piémont, je l’ai tant préparé, tant attendu, ce chemin à l’écart…

Juin 2013 : départ pour cette magnifique ville de Carcassonne.
Je suis inquiète mais sans plus !
Chaque fois que je pars je crois en ma bonne étoile et au soutien de St jacques.

Déjà à Arzens, je dîne avec un père et son fils venu de Hollande.
Toujours touchée par cette complicité filiale, entre l’anglais et le français nous passons
un bon moment, et dînons merveilleusement.

Mais trés vite, nous regrettons un manque d’animation évident.
L ‘Aubergiste nous donnera son sentiment. Il se désespère, son joli village se meurt.!
Alors je le soutiendrai autant que possible, par un mot à l’adresse du Maire, sur le cahier du gîte Municipal .

Et ce sera ainsi jusqu’au bout :
Villages désertés, plus d’épicerie, de boulangerie, de pharmacie, d’auberge, de café…
Depuis l’édition de mon guide beaucoup ont disparu.
Alors on anticipe au maximum,
mais c’est sans compter sur les heures de fermetures exceptionnelles ou les jours fériés.

C’est aussi ça le chemin ! l’improvisation, la débrouille, je le prends ainsi !
Mon compagnon de route, un colosse Australien, marcheur infatigable, connaisseur
et historien de tous les chemins d’histoires en Europe, trouvait cela bien triste.

Enfin il y a eu cet océan de verdure et d’eau,
ces immenses et magnifiques forêts telles que dans les contes de fées,
ces vallées profondes et au loin ces sommets enneigés.
C’était ce décor là que j’étais venue chercher.
Mais pas dans une telle solitude !
Non, celle de la marche propice à la contemplation et à la réflexion, celle de la rencontre.
Je n’ai croisé que de rares pèlerins pressés et peu enclins aux moments de partages.

Ce sera ma plus belle rencontre : celle d’un agriculteur chez qui je suis allée demander de l’eau.
Un homme tellement accueillant et chaleureux qu’il trouvait trop triste de ne mettre que de l’eau
dans ma gourde et qui finalement m’a offert le café puis des gâteaux,
et si je m’étais laissée faire m’aurait retenu à déjeuner !
Ils étaient, avec sa femme, trés curieux de la vie  et de la motivation des pèlerins.
Trés impliqués dans la vie du village et le soutien aux agriculteurs en difficultés.
Je ne les oublierai pas .

Ce sera aussi ma plus belle, et une de mes plus longues étapes entre Bagnères-de-Bigorre et Lourdes.

Enfin mon fils, venu d’un autre continent, m’a rejoint pour une semaine de bonheur,
d’aventures et de partages jusqu’à St Jean Pied de Port.

Heureuse d’avoir fait ce chemin bien différent !
Mais tous les chemins ne sont ils pas différents ?

Ou alors, sommes nous en recherche permanente de ce premier chemin si bouleversant,
qui nous fait inlassablement repartir ?

 

 

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