Quelques Poèmes de Circonstance par Frédéric Sanoner

Je suis confiné,
Et ne peux sortir ni dans la rue ni sur les marchés,
Je dois donc trouver de quoi sainement m’occuper,
Gérer les fourmis qui vibrent dans mes mains et mes pieds
Alors que, dehors, les oiseaux s’amusent à me narguer.

 Je suis confiné,
Et je me sens chaque jour accaparé
Par les multiples tâches qu’il faut sans fin répéter,
Par le soutien de tous ceux qui doivent télé-travailler
Dans une maison qui ne veut pas rester négligée.

 Je suis confiné,
Et ce temps gratuit qui m’est donné
M’offre enfin la formidable possibilité
De rentrer en moi, de me concentrer
Sur ce qui fait sens pour moi, sur mes priorités.

 Je suis confiné,
Et malgré cette apparente immobilité
Je peux enfin, en imagination, voyager.
Je peux réfléchir, méditer et prier,
Je peux me réjouir, sourire et contempler.

 Je suis confiné,
Mais je ne peux ni ne veux vous oublier.
Le matin comme le soir vos visages illuminés
Viennent éclairer mes journées
Et orientent vers vous mes pensées.

 Je suis confiné,
Et bien sûr c’est pour mieux nous préserver
D’un mal insidieux qui met en péril notre santé,
Qui ébranle avec force notre société
En lui faisant ressentir toute sa brutalité.

 Je suis confiné,
Mais je sais que dans mon pays, dans ma cité,
Des soignants sont à la peine, avec ténacité,
Font preuve d’une remarquable générosité
Et méritent, sans limite, notre solidarité.

 Je suis confiné,
Alors pour eux, nos héros de la Santé,
Pour nos malades, nos morts aussi, et tous les affectés,
Je veux redire cette éternelle vérité :
Aimer, c’est tout donner.

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Que peut-il sortir de bon ?

Tu es trop laid pour être bon.
Tu fais planer sur nous ton spectre de mort,
Invisible, tu frappes sans prévenir,
Tu nous endeuilles encore et encore,
Et dans notre chair tu nous fais souffrir.

Tu es très laid, tu n’es pas bon.
Tu nous terrifies, tu nous sidères,
Tu renverses nos structures bien rodées,
Tu menaces des enfants, des pères, des mères,
Et mets à l’arrêt des peuples qui veulent travailler.

Tu es si laid, mais enfin, bon !
Tu nous imposes un arrêt dans la course effrénée,
Tu nous obliges à vivre et ressentir le présent,
Tu permets à chacun de se retrouver
Et de goûter le simple fait d’être vivant.

Tu es laid, mais à quoi bon ?
Tu nous pousses à nous soucier les uns des autres,
Tu nous suggères de quitter l’individualisme,
Tu fais naître en nous le désir d’une vie toute autre
Et de redécouvrir enfin l’altruisme.

Tu es vu laid, peux-tu avoir du bon ?
Nous pourrons, après t’avoir combattu et vaincu,
Nous respecter, que dis-je ? Nous aimer,
Veiller sur notre frère au bout du monde, au coin de la rue,
Rebâtir un monde centré sur la fraternité.

Tu es vraiment laid, mais c’est à nous de devenir bons.

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Regards

Il est beau, ton visage,
Ses traits fins, son grain de peau,
Il est vraiment à ton image,
C’est tout toi ; il est très beau.

Mais aujourd’hui, pour te protéger, pour me préserver,
Il se cache derrière ce tissu hideux,
Il ne se laisse plus admirer ni même regarder.
Heureusement, il reste les pépites de ta beauté, tes yeux.

Par tes prunelles enflammées je te reconnais,
Ton regard recèle en lui ton identité pleine,
Tu es mon frère Français,
Tu es ma sœur Brésilienne.

Et de moi, derrière mon masque blanc ou bleu,
Tu perçois l’expression que je t’envoie
Par mon regard, bienveillant ou sourcilleux,
Nos yeux se lient, et nous concentrent, toi et moi.

Alors mes frères, mes sœurs, je vous en prie,
Quand nos visages paraissent emprisonnés,
Donnons de nous-mêmes le plus beau de nos vies,
Offrons-nous, par le regard, le cadeau de la Liberté.

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Le Bateau

« Ô combien de marins, combien de capitaines »,
Ces vers, bien sévères, de notre grand Victor Hugo,
Rappellent que, depuis Noé, nous avons quitté la plaine,
Pour embarquer, tous ensemble, dans le grand bateau.

Le navire, c’est bien sûr une promesse d’aventure,
Des espoirs, du changement, de l’imprévu,
Des lagons délicieux aux abysses obscures,
Un plongeon permanent dans un perpétuel inconnu.

Le bateau, c’est aussi une traversée,
Vers un rivage aux contours différents,
Où une nouvelle vie, espérée ou redoutée,
Nous tend les bras et, patiemment, nous attend.

La barque est saisie dans la tempête
Et nombreux à bord, marins ou passagers,
Courent en tous sens, tels des canards sans têtes,
Terrifiés, contaminés, paniqués.

Mais à l’arrière, allongé sur son coussin,
Dans une apparente insouciance,
Le maître est totalement serein
Car il sait, Lui, en qui il faut placer sa confiance.

« Nous sommes perdus» entend-on partout,
La tempête étend chaque jour ses ravages
Et le mal insidieux se déchaîne comme un fou
Agitant sa faux chaque jour davantage.

Oui, nous sommes tous dans le même bateau,
Galériens du monde entier assaillis par les flots terrifiants,
Étouffés par le mal, envahis par la peine,
Et pour parvenir au havre et trouver le repos
Nous devons y croire, humbles et confiants…
Ô combien de marins, un seul capitaine !

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Seul

Seul ! D’aucuns sont, en ce moment, très isolés,
Dans leur espace de vie qui se rétrécit.
C’est pour eux bien pénible d’être confiné
Quand on n’a pas la présence d’un frère, d’une compagne, d’un ami.

Seul, le célibataire coincé dans son appartement
Qui, même s’il peut se distraire ou travailler,
Ne peut partager pleinement
Ses émotions, son intimité.

Seule, la personne âgée qui vit encore chez elle,
Qui ne sort plus, ne voit plus ses enfants et leurs petits,
N’a plus de soutien et tourne, comme le chantait Brel,
Du lit à la fenêtre, du lit au fauteuil, puis du lit au lit.

Seule, la personne âgée dépendante
Qui ne reçoit plus de visite, ne voit plus les résidents,
Et malgré les soins attentionnés des infirmières et aide-soignantes
Vit tristement, isolée dans sa chambre, un double confinement.

Seul aussi l’homme ou la femme de la rue
Qui n’a pas d’abri sûr pour se réfugier
Dont tout le monde s’éloigne, qui est encore plus exclus
Et qui ne peut, malgré le danger qui rôde, correctement se protéger.

Elles sont nombreuses, autour de nous, ces solitudes
Et même si notre devoir est de rester confinés,
Elles appellent d’un cri étouffé toute notre sollicitude
Pour continuer à conjuguer le verbe partager.

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La revanche de l’esprit sur le corps

Le corps est enfermé mais l’esprit voyage ;
En ces temps étonnants
Que rien, dans notre histoire, ne présage,
Le spirituel, sur la chair, est enfin gagnant.

Faisant, des moyens de communication,
Un abondant et immodéré usage,
Nous pouvons nous cultiver tout en faisant attention
À ne pas risquer de devenir sauvages.

L’heure est au repos des corps
Mais les esprits s’affûtent,
Tandis que s’échangent poèmes et lectures de tous bords
Musiques et opéras, tant d’œuvres d’une beauté brute.

Amis qui égayez notre difficile patience,
Qui stimulez nos rires et nos intellects,
Je vous suis reconnaissant pour votre constance
À veiller que nous ne bourdonnions pas tels des insectes.

Grâce à vos messages, ciselés et plaisants,
Nous pouvons rire, nous émouvoir et voyager
Et faire fi de notre pénible confinement
Pour mieux, de la nature humaine, nous émerveiller.

C’est sans doute là un des inattendus bénéfices
De cette période incroyable et potentiellement anxiogène,
Que de faire fuser dans nos têtes des feux d’artifices
Et, à tout notre être, d’apporter de l’oxygène.

Alors, pour ces magnifiques témoignages
Pour ces textes, ces rires et ces différents stimulis
Je veux dire avec force et sans ambages
En lettres majuscules, un immense MERCI.

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L’épreuve

La nature nous réserve de bien dures épreuves
Nous fournissant une occasion d’affronter
Des contraintes jamais vues, une situation neuve,
En faisant surgir d’on ne sait où un sournois danger.

L’épreuve, c’est le nom du grand examen,
Ce bachot que passent à la fin de chaque année
Les mille et cent jeunes et lycéens,
Et qu’ils ne peuvent réussir sans s’y être bien préparés.

L’épreuve, c’est ce temps où le sportif s’engage à cent pour cent,
Et pour lequel il a consenti de coûteux efforts
Pour parvenir à un complet dépassement
Et chercher à toujours devenir plus fort.

L’épreuve, c’est aussi ce procédé industriel
Par lequel on transforme, dans le feu,
Les matériaux les plus nobles, les plus essentiels,
L’or, l’argent et autres métaux précieux.

L’épreuve, c’est donc cette situation incertaine
Faite de risques, connus ou imprévisibles,
Qui nous coûte, qui nous met à la peine,
Mais dont on espère devenir meilleurs, si c’est possible.

Le mal qui nous afflige aujourd’hui est bien une rude épreuve
Que nous envoie la Création, celle-la même que nous avons malmenée.
À nous d’en saisir les subtils contours et de faire preuve
De lucidité et de courage pour devenirs meilleurs, c’est à notre portée.

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La patience

Oh que le temps nous semble long,
À mesure que s’égrennent
Sur le chapelet de nos jours à la maison
Les semaines qui succèdent aux semaines.

Notre monde, si habitué à cette course effrénée
A du mal à se plier, par obéissance,
À ne plus se gaver de l’immédiateté,
À tout simplement réapprendre la patience.

Le cultivateur, le moine ou le marin
Sont hommes sages, rompus au temps long,
Il savent que c’est au pas du pèlerin
Qu’on peut atteindre le port ou la moisson.

Mes amis, c’est en gardant le cap sur le lointain
Que patiemment nous creuserons notre sillon,
C’est en vivant chaque aujourd’hui avant demain
Que le temps, tranquillement, nous paraîtra fécond.

Apprécions les petits bonheurs avec constance,
Traversons l’épreuve dans la confiance,
Sachons donner la première place à l’espérance
Et nous serons récompensés de notre Patience.

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Le Printemps

La saison a changé, l’équinoxe est passé,
Le soleil généreux nous envoie ses rayons réconfortants
Faisant sortir les fleurs et verdir les prés ;
Oui, sans nul doute, c’est bien le printemps !

Les oiseaux font leurs nids,
Les agneaux sont bien nés,
Et tandis que partout foisonne la vie …
Nous sommes toujours confinés !

Curieux printemps, cette année
Où le vert du renouveau,
Semble recouvert d’un gris embrumé
Qui nous empêche de savourer ce naturel cadeau.

Nettoyons donc nos tristes lunettes,
Obsédées par le virus et ses morsures,
Ouvrons toutes grandes nos fenêtres
Et contemplons la beauté de la nature.

Se réjouir du printemps n’est pas être dans le déni
Du mal qui nous accable avec dureté
Et pousse certains dans les excès du catastrophisme,
Mais bien plutôt la capacité de faire fi
D’une apparente et ignoble fatalité
Pour choisir et proclamer l’optimisme.
Le printemps est bien là
Et, malgré l’âpreté du combat
C’est, tous ensemble, que notre volonté vaincra
Car la nature nous offre … Prima Vera !

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Gratitude

Depuis quelques semaines l’habitude est prise
De remercier chaque soir, à vingt heures au cadran,
Dans une collective et joyeuse entreprise
Le dévouement et l’héroïsme de nos soignants.

Voilà un bien bel élan du cœur
Pour retrouver une expression que nous avions trop oubliée,
Dans notre vie à cent-à-l’heure
Où ne finissait par compter que la rentabilité.

Oui, savoir s’arrêter pour, simplement, dire merci
À toutes celles et ceux qui se dévouent,
Qui dépensent sans compter leur énergie,
Pour servir leurs frères, c’est déjà beaucoup,
En disant, comme le Sauveur de toute vie,
« Comprenez-vous
ce que je viens de faire pour vous ? »

Merci aux hommes et femmes de la Santé,
Merci à tous ceux qui maintiennent les services publics,
Merci à tous les dévoués qui nous aident à traverser
Ces moments qui, sans eux, seraient plus tragiques.

Que l’épreuve infligée à toute l’humanité
Lui serve à sortir de ses stériles habitudes
Et à retrouver, dans un élan de pure sincérité
Le goût immodéré pour la gratitude.

Et en ce jour si particulier
Où il souffle ses presque cent bougies
C’est vers mon cher Père, tant aimé,
Que je veux dire, à pleine voix, MERCI.

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La constance

Oh qu’il est difficile, quand on a pris une résolution
De s’y tenir et de ne point fléchir
De poursuivre, résolument et avec application,
Les comportements que l’on a pu choisir.

Il n’est pas toujours facile de prendre de radicales décisions
Et parfois, une circonstance ou un pouvoir supérieur nous les imposent
Mais, quelles que soient les origines de nos orientations,
C’est bien dans la constance de nos efforts qu’il faut juger la chose.

« Français, l’heure est grave, il faut vous confiner »
Disait notre président lorsque l’épidémie devint oppressante,
Et nous nous sommes exécutés, sagement disciplinés,
Ayant bien compris qu’il fallait juguler cette horreur si malfaisante.

Les jours se firent semaines, le temps installa son usure
Et petit-à-petit le relâchement fit poindre le bout de son nez.
On vit, dans les rues, de plus en plus de voitures,
De personnes qui ne supportaient plus d’être confinées.


L’histoire nous rappelle de nombreux cas de versatilité,
De reniements, signes de lâcheté, mais parfois aussi de sagesse,
Des « Hosanna » qui se muent en « Crucifie-le ! » dramatiques,
Des « Brûle ce que tu as adoré, adore ce que tu as brûlé »
Jusqu’à Henri pour qui « Paris vaut bien une messe »
Et, pour s’asseoir sur le trône, se fit catholique.

Changer d’avis serait-il la marque d’une conversion
Ou d’un renoncement aux engagements pris, fussent-ils solennels ?
Le discernement doit nous aider à identifier le bon
Et virer de bord, s’il faut éviter les écueils mortels.

Encore faut-il, pour bien juger, garder de sains principes
Et solliciter notre intelligence dans tous ses complexes rouages
Car seul l’esprit aiguisé, appuyé sur de fortes valeurs, participe
À faire les bons choix, pour soi-même et son entourage.

Dans notre drame où le mal sournois continue à roder
Toutes nos énergies doivent se tendre pour sauver la France ;
Alors, Français, je vous en conjure, restez confinés
Et dans cet effort, gardez de la Constance.

 

 

 

 

 

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