Souvenirs et Anecdotes Jacquaires (Jacques W. – 2002)

Souvenirs de quelques rencontres… et anecdotes jacquaires

Comme tous ceux qui ont parcouru les différents chemins jacquaires, mes deux pérégrinations vers Compostelle, en 2002 et 2005, m’ont laissé le souvenir de rencontres inoubliables de pèlerins venus de tous les horizons, de tous âges et de toutes conditions, mais aussi le souvenir d’anecdotes diverses, certaines amusantes, voir désopilantes parfois.

Le superbe site de notre toute jeune association m’incite à rouvrir mes cahiers de pérégrination pour y relater quelques-unes des réminiscences qui pourraient peut-être intéresser quelques anciens pèlerins jacquaires et influencer -pourquoi pas ?- quelques autres à perpétuer le pèlerinage vers Saint Jacques de Compostelle.

– Une rencontre insolite

Parti de Saint Jean-Pied-de-Port en mai 2002, j’ai fait la connaissance d’une jeune fille pour le moins atypique dès le départ de la deuxième étape entre Roncevaux et Larrasoaña. Nous nous étions aperçus la veille à la fontaine de Roland vers midi et le soir devant une cabine téléphonique de Roncevaux. Nous avons cheminé ensemble durant une cinquantaine de kilomètres. Voici donc le souvenir de cette rencontre telle que je l’ai vécue:

« En quittant Roncevaux et son austère monastère, je marche tout d’abord seul dans une forêt entrecoupée de prairies verdoyantes. Après le premier village traversé, Burguete, je suis rejoint par la jeune fille du pique-nique et de la cabine téléphonique d’hier. Nous nous saluons et poursuivons la marche tous les deux, tout en faisant connaissance. J’avais été informé des rencontres exceptionnelles, aussi insolites qu’imprévues, que peuvent faire les pèlerins au cours de leur cheminement vers Compostelle, mais celle d’aujourd’hui m’étonne tout particulièrement. Me voici, en effet, en train de randonner avec une jeune inconnue de dix huit ans, relativement grande et d’allure sportive. Avec ses nattes blondes tressées derrière la tête en forme de couronne, elle ressemble à une jeune ukrainienne. Or ses aïeux sont originaires de cette région, mais ses parents et ses grands-parents, juifs, étaient nés déjà en Israël.

Elle s’appelle Shulamit, je ne garantis pas l’orthographe, mais seulement l’origine de ce noble prénom que porta, suivant les dires de ma compagne, l’une des égéries du roi Salomon. La bible lui en prête, en effet, quelques centaines ! Son grand-père fut un des collaborateurs de Ben Gourion, créateur de l’Etat d’Israël en 1948. Elle en est fière, mais quelque fut son grade ou sa fonction, elle doit le savoir, je suppose, mais cela me semble lui paraître secondaire. C’est à son père, professeur de faculté à Haïfa et à sa mère journaliste, qu’elle téléphonait hier soir pour donner de ses nouvelles et demander quelques subsides financiers pour poursuivre un cheminement vers Compostelle qui n’était pas prévu.

Elle vient de passer quelques mois dans une communauté agricole de la région de Montpellier où elle a appris notamment à traire les vaches. Je ne lui ai pas demandé si ses parents, qui lui avaient offert ce séjour à la fin de ses études secondaires, n’étaient pas inquiets d’apprendre qu’elle allait partir seule, à l’aventure, sur des chemins inconnus. J’imagine la tête que nous aurions faite, mon épouse et moi-même, si l’une de nos filles nous avait annoncé ex-abrupto pareille décision. Des parents d’autant plus inquiets qu’elle porte un sac à dos volumineux, bien plus lourd que le mien. Elle est diabétique, sous insuline en permanence, et son sac contient tous ses médicaments pour un mois. Il est probable qu’en Israël les enfants et les ados ne sont pas élevés dans le même cocon familial qu’en France, je reste néanmoins surpris. Après un casse-croûte rapide pris dans un bar où nous nous sommes restaurés en compagnie de jeunes espagnols et d’une grande, très grande américaine d’une quarantaine d’années, je reprends la route avec Shulamit qui continue à me raconter sa vie là bas en Israël et moi la mienne en France, des pays tellement contrastés. Son diabète l’exemptera du service militaire obligatoire pour les garçons et les filles, ce qui la ravit, non par peur du danger, mais par conviction. Elle pense orienter ses études vers le journalisme. Elle s’étend sur les évènements actuels, l’intifada, les attentats. Ils constituent le quotidien de la vie en Israël, elle le regrette, Shulamit est une pacifiste. Elle déteste Sharon et Bush. Elle les accuse de tous les malheurs qu’endurent les populations juives et arabes du Moyen-Orient. Elle n’aime pas non plus Chirac, elle estime que les français ont une opinion complètement déformée sur les israéliens et sur les évènements de cette région. Je ne lui demande pas ce qui la motive à entreprendre ce périple. La religion, les religions ne semblent pas la séduire particulièrement. L’aspect sportif de cette longue marche et le désir de rencontrer toutes sortes de gens sur ce chemin vitrine du Monde, l’attirent et l’intéressent davantage.

A l’albergue de Larrasoaña, nous retrouvons la grande américaine. Elle a enseigné l’espagnol aux Etats-Unis et maintenant l’anglais à Barcelone. Shulamit s’exprime en anglais aussi aisément qu’en français. Le lendemain, nous reprenons la route ensemble, Shulamit et moi. Comme je m’étonne qu’elle marche pieds nus dans des sandalettes, elle me répond que c’est ainsi qu’on randonne dans son pays. Elle s’attarde ensuite à me raconter qu’elle aime à randonner dans le Sinaï avec des jeunes gens de son âge, israélites et arabes. Cela ne pose aucun problème. Ils sympathisent bien ensemble et les égyptiens sont accueillants.

A Pampelune, je la laisse entrer seule dans une pharmacie, par discrétion. Je ne savais pas si on allait se revoir. Mais elle me rejoint rapidement et avant d’arriver à l’albergue de Cizur Minor, nous nous arrêtons dans un grand magasin de diététique où nous achetons des provisions pour notre dîner. Shulamit est végétarienne. J’aurai donc droit ce soir à un repas de pâtes avec une sauce carottes-tomates, préparée par mon cordon bleu occasionnel.

La grande américaine, qui nous dit s’appeler Poblett, arrivera un peu plus tard à l’albergue, puis nous sommes rejoints aussi par quelques pèlerins, un brésilien, informaticien à Madrid, et trois jeunes espagnols de Teruel, deux garçons et une fille, déjà rencontrés la veille dans un bar.

L’ambiance n’est pas triste. Poblett et moi, nous les aidons à boire leurs bouteilles de vin, (2 bouteilles), mais diable que le vin rouge espagnol est corsé !
Shulamit se contente de l’eau du robinet. Nous lui avions pourtant fait remarquer que cette eau n’était peut-être pas aussi biologique qu’elle pouvait le penser.
Le lendemain, quatrième étape vers Puente La Reina, je quitte seul l’albergue après le petit déjeuner puis en compagnie de Shulamit. Elle compte s’attarder avec Poblett qui parait bien fatiguée. Nous ne savons pas si nous nous reverrons. » En fait, quelques étapes après Cizur Minor, je lui céderai, au cours d’une de nos rencontres, une des deux paires de semelles intérieures de mes chaussures pour soulager ses pieds échauffés par les sandalettes qu’elle porte. Il est difficile de faire la fine bouche dans certaines circonstances.

Elle a du ensuite s’acheter une paire de chaussures de marche avant Sahagun, étape où nous nous sommes rencontrés pour la dernière fois. J’éprouve un regret cependant, celui de pas avoir participé avec elle à la messe des pèlerins à Compostelle. Comme j’aurais aimé, après un long cheminement en Terre Sainte, me retrouver ensuite en sa compagnie devant le Mur des Lamentations à Jérusalem avant de nous quitter définitivement.

– Le québécois qui perd tout

Je me suis fait bien des amis de rencontre au cours des étapes suivantes avant de connaître André, un grand gaillard canadien qui venait de prendre sa retraite de la Garde à cheval de la ville de Québec. Nous faisions plus ou moins route ensemble, lui et moi, mais souvent aussi avec une autre québécoise, Rachel, infirmière dans cette belle province du Canada.

André était bien connu sur le camino, son physique et sa bonhomie ne passaient pas inaperçus. Il portait une volumineuse genouillère orthopédique, en cuir, qui ne l’empêchait pourtant pas de marcher à grandes enjambées. Comme beaucoup d’autres pèlerins, à commencer par moi-même d’ailleurs, il semait à tous vents ses affaires sur le chemin, mais dans ce domaine, c’était lui le meilleur.

A la terrasse ensoleillée d’un bar de Carrion de los Condes, Rachel raconte les mésaventures désopilantes d’André qui surenchérit par moments pour préciser un détail. Leur accent québécois accentue l’hilarité générale qui s’est emparée des tables voisines de la nôtre ; j’en arrive à oublier la fièvre intestinale qui me tenaille depuis plusieurs jours, tellement ils nous font rire tous les deux. Donc André, méfiant de ce qu’il pourrait éventuellement égarer en cours de route, détenait deux petits portefeuilles, le premier avec son argent, le second avec ses papiers et sa carte bancaire. S’il en perdait un, il savait qu’il aurait toujours la ressource de disposer de l’autre pour assurer ses dépenses jusqu’à son arrivée à Compostelle.

Ce qui devait arriver arriva, dès les premiers jours un de ses portefeuilles se volatilisa avec cinq cents euros à l’intérieur. Il lui restait le second, il fit donc contre mauvaise fortune bon cœur en se promettant de se montrer plus vigilant à l’avenir, résolution plus facile à prendre qu’à tenir. Il avait fait l’acquisition, pour sa pérégrination, d’un appareil photo numérique, le dernier cri d’une technique récente, devenue aujourd’hui familière, avec mémoire informatisée qui lui permettait de prendre et de stocker un grand nombre de photos, de sélectionner celles qu’il voulait conserver et d’effacer les autres. Il était très fier de pouvoir me montrer ses différentes manipulations de clichés le soir où nous nous trouvions dans la même auberge.

Le camino est jalonné de bancs de repos par endroits.
André, bien sûr, oublia un jour son appareil sur un banc, en pleine nature. Le soir, à, l’étape, qui comportait deux albergues de plusieurs dortoirs chacun, tandis qu’il se désolait à voix haute en commentant cette nouvelle perte dans son dortoir, un pèlerin sortit un appareil photo de sa poche et lui demanda si cet appareil était bien le sien.
André, étonné, mais tout content, récupéra son bien. Il en a été quitte pour offrir une tournée générale à tous ceux qui, ce soir-là, dînaient dans la salle commune.

Saint Jacques, n’en a pas bénéficié, ni Saint Antoine de Padoue, les deux Saints devaient pourtant être de connivence…
Mais l’aventure la plus burlesque reste à venir. Un jour qu’André était plus fatigué que d’habitude, on le serait à moins avec l’appareillage que supporte l’un de ses genoux, il se résolut à prendre une chambre à l’hôtel. Il y a passé, sans doute, une excellente nuit, car il s’est réveillé tard le lendemain matin. Il décida alors de précipiter son départ, sans déjeuner. Il insistera d’ailleurs pour dire que ce dernier était compris dans le prix de la chambre, ce qui accentua encore notre hilarité. Il va donc accélérer l’allure et rattraper ainsi, au bout de quelques kilomètres, les pèlerins les moins rapides sur le chemin. Mais en voulant les saluer, quelle ne fut pas sa surprise de constater qu’il avait oublié son dentier sur le lavabo de sa chambre d’hôtel !
Il lui fallut donc faire demi-tour afin de récupérer ses dents, car ni Saint Jacques, ni Saint Antoine ne s’en sont chargé pour lui rapporter. »

– D’autres rencontres, des faits divers

Si Shulamit et André font partie des personnages les plus atypiques que j’ai rencontrés durant mon cheminement en 2002, je conserve néanmoins le souvenir de beaucoup de rencontres exceptionnelles et de faits divers inopinés qui ont émaillé mes deux pérégrinations, comme toutes celles d’ailleurs de ceux qui ont emprunté les différents chemins jacquaires. Des sépultures rappellent parfois le nom, le lieu et la date du décès de pèlerins sur le camino. Entre El Burgo Ranero et Mansillas de las Mulas, j’étais en train de me recueillir devant la tombe d’un pèlerin allemand décédé en 1996 à cet endroit quand je fus rejoins par une américaine âgée que je rencontrais parfois, une originale toute menue qui trottinait d’un pas alerte avec une besace dans le dos ; elle faisait suivre son bagage par des taxis jusqu’aux hôtels où elle prenait ses quartiers le soir. Elle m’a demandé si je souhaitais être pris en photo devant cette stèle. Je lui ai répondu que je préférais être photographié ailleurs, nous nous sommes alors mis à rire tous les deux, mais pas en guise d’oraison funèbre. Que ce malheureux veuille bien nous pardonner ! Nous eûmes une pensée pieuse et attristée pour lui en nous recueillant sur sa sépulture.

Je ne peux pas non plus oublier cet incident et le jeune espagnol qui, ce jour-là m’a peut-être sauvé la vie, un certain dimanche matin. Voilà ce que j’en rapporte dans mon cahier de 2002 :
Je quitte Léon à regret. Je longe l’autoroute sur le bas-côté, c’est dangereux, mais je ne vois pas d’autre solution. Un jeune espagnol me suit, ce n’est pas un pèlerin, mais un randonneur de week-end. A un moment donné, nous nous apercevons que le camino est fléché de l’autre côté. Que faire ? Revenir sur nos pas et jusqu’où ? Nous décidons de traverser, malgré la circulation rapide et incessante des voitures. Je m’aventure le premier en franchissant la glissière de sécurité, puis la première chaussée de l’autoroute. Le poids du sac à dos me déséquilibre alors en escaladant la deuxième glissière qui sépare les deux chaussées. Les jambes empêtrées dans ces ferrailles, la tête et le dos couchés sur le bitume de la route, le poids du sac qui m’immobilise davantage, je n’arrive plus à me relever. Mais les augures m’étaient une fois de plus favorables. Au péril de sa vie et dans un tintamarre de klaxons, le jeune espagnol se précipite et m’aide à me relever. Nous traversons en courant la deuxième chaussée, nous sommes sauvés. « Gracias !, muchas gracias !» dirais-je à ce jeune randonneur qui disparaîtra dans le quart d’heure suivant, aussi rapidement qu’il était apparu. Un bel exemple de solidarité internationale que celui-là, mais aussi de ce qu’il ne faut jamais faire : confondre routes et autoroutes avec les chemins de randonnée !

Souvenir du passage dans une boutique de l’O’Cébreiro avec Jean-Pierre, tombé en admiration devant une statue de Saint Jacques, statue polychrome de belle prestance, haute d’une quarantaine de centimètres. Après bien des hésitations, qui m’ont amusé parce que mon ami portait déjà un sac à dos volumineux et bien lourd, il a fini par admettre qu’il ne pouvait pas l’acheter tout de suite et la transporter jusqu’à Compostelle. Mais il est revenu ensuite en voiture pour acquérir cette très belle effigie qui trône maintenant dans son salon.

C’est Guisella, d’ailleurs, qui m’a permis de faire la connaissance de Jean-Pierre. La quarantaine BCBG, professeur de dessin à Hanovre, peintre professionnelle, imprégnée de culture française, alors que beaucoup de pèlerins comme moi s’ingéniaient tous les soirs, à l’étape, à tenir les écritures de leur pérégrination journalière, Guisella, elle, illustrait par des croquis subjectifs les paysages qu’elle avait traversés dans la journée. Nous avons partagé ensemble notre passion pour les compositeurs germaniques de musique classique.

Quelques jours plus tard, je cheminais du côté de Portomarin en compagnie d’un groupe hétérogène. Il y avait là deux jeunes brésiliens, Rose et Carlos, Mike, l’étudiant anglais, deux retraités autrichiens de mon âge, Maria, religieuse australienne d’une soixantaine d’années, aussi gaie qu’un jeune pinson, et moi, le français de service. « Et si l’on chantait ? », demanda Maria en riant, « et d’abord honneur à la chanson française ! », en me regardant.
Chevalier, Piaf, Aznavour, j’en passe…Certains de mes compagnons parlaient à peine le français, cependant j’étais surpris de constater qu’ils connaissaient parfois mieux que moi les paroles de nos chants les plus populaires. Mais ce n’était pas le vin de messe que glorifiait notre charmante Maria lorsqu’elle fredonnait « le petit vin blanc qu’on boit sous les tonnelles… » En remplaçant les paroles qui lui paraissaient les plus compromettantes par des « la, la, la » plus pudiques, ce qui nous amusa beaucoup.

Souvenirs, souvenirs, celui d’une jeune espagnole de Barcelone qui se lamentait devant moi qu’elle avait déjà perdu deux opinels en me voyant pique-niquer devant l’albergue de Ponferrada avec un couteau suisse. Bien mal acquis de lui avoir répondu en riant : « Il fallait t’acheter un couteau suisse, tu ne l’aurais pas perdu », couteau que j’ai oublié sur cette table quelques instants plus tard.

Souvenir de Paul , ce charmant pèlerin, dermatologue de son état, parti hardiment sur les chemins jacquaires avec des chaussures toutes neuves qui lui occasionnèrent mille maux pédestres sur plusieurs centaines de kilomètres, obligé de s’en remettre le soir aux bons soins d’une religieuse pérégrine, lorsqu’il la rencontrait …

Encore un autre bel exemple de solidarité que celui de ces deux jeunes hollandaises, aux têtes toutes blondes comme il se doit, qui m’ont pris en pitié du côté de l’Hospital de la Cruz. Certes, nous nous connaissions déjà un peu. Je venais de parcourir une bonne trentaine de kilomètres, je pensais pouvoir me restaurer dans ce village, tout était fermé y compris l’albergue. J’avais très faim, je « naviguais à l’aveugle », car j’avais perdu mon topo-guide quelques jours plus tôt. Voyant ma déconvenue, elles ont insisté pour me céder une boite de pâté entamée, un reste de pain dur, c’est-à dire les quelques nourritures qui restaient dans leurs sacs. Elles m’ont indiqué aussi, sur des bouts de papier les villages et auberges les plus proches.

En 2005, je conserve un souvenir particulier de mes rencontres entre Navarrete et Burgos avec Edgar et José, deux pèlerins venus de leur Belgique natale. Le premier, Edgar, paralysé des deux jambes, conduisait un fourgon aménagé sommairement en camping-car, mais aussi avec tout un dispositif ingénieux de monte-charge à l’arrière du véhicule pour lui permettre d’y accéder ou d’en descendre en fauteuil orthopédique. C’est lui qui conduisait la camionnette. Il assurait la logistique, tout en suivant le second, José, qui pérégrinait dans la journée à pied avec un cheval, Flika, et un chien, Thémis. Edgar avait un moral d’enfer, il respirait la joie de vivre. Pourtant chaque jour apportait son lot de péripéties et de problèmes les plus divers, et ce n’était pas évident de trouver le soir, à l’étape, le gîte et le couvert pour le cheval.

D’autres handicapés m’ont encouragé à poursuivre un cheminement qui devenait difficile en fin de parcours. Je ressentais une grande fatigue après avoir supporté une bronchite persistante. L’exemple de certains m’a aidé à poursuivre mon cheminement.

Je pense notamment à ce pèlerin encore jeune de la région toulousaine qui marchait avec des attelles pour maintenir des chevilles défaillantes, à ce couple de vétérans japonais, souriants, cheminant tant bien que mal main dans la main, à cette pérégrine d’une soixantaine d’années partie de sa région, la Charente, après une lourde chimiothérapie. Nous étions un petit groupe à la soutenir durant les dernières étapes avant l’arrivée à Compostelle où une dizaine de membres de sa famille vinrent l’accueillir. Nous fîmes la fête ensemble, après la messe des pèlerins.

Beaucoup d’autres évocations me viennent à l’esprit en rouvrant mes deux cahiers de pérégrination vers Saint Jacques de Compostelle. Toutes ces rencontres, toutes ces péripéties et faits divers, mais aussi tous ces hospitaliers qui se dévouent pour accueillir les pèlerins dans leurs gîtes…
C’est tout cela qui nous porte, malgré la fatigue et parfois la souffrance vers l’étoile du Saint vénéré. C’est tout cela qui crée, en plus des faits historiques, des légendes et de la religion, l’apparence merveilleuse et magique des chemins jacquaires.

Bienheureux sommes-nous de les avoir empruntés ! Diffusons-les autour de nous pour assurer leur pérennité.

Jacques WEIL – Mars 2012

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