Textes jacquaires

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Ultreïa !

Tous les matins nous prenons le chemin,
Tous les matins nous allons plus loin.
Jour après jour, la route nous appelle,
C’est la voix de Compostelle.

Ultreïa ! Ultreïa ! E sus eia Deus adjuva nos !

Chemin de terre et chemin de Foi,
Voie millénaire de l’Europe,
La voie lactée de Charlemagne,
C’est le chemin de tous les jacquets.

Ultreïa ! Ultreïa ! E sus eia Deus adjuva nos !

Et tout là-bas au bout du continent,
Messire Jacques nous attend,
Depuis toujours son sourire fixe,
Le soleil qui meurt au Finistère.

Ultreïa ! Ultreïa ! E sus eia Deus adjuva nos !


Paroles et musique Jean-Claude Benazet

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 Origine du mot Ultreïa

L’origine du mot Ultreïa n’est pas encore bien établie. Pour certains, elle vient du latin ultra. Pour d’autres, elle aurait plutôt une autre origine, en vertu de ce qu’on trouve ce mot deux fois sous une forme étrangère dans le Livre I du Codex Calixtinus, manuscrit du 12ème siècle de la Cathédrale de Compostelle. Il est inclus dans 2 poèmes latins dont les titres soulignent cet apport de mots étrangers, « Grecs et Hébreux ».

1° Une fois, au chapitre 26, dans la messe de Saint-Jacques dite de Calixte, dans ce vers : suseia, ultreia. Au-dessus de ces mots suseia, ultreia, sont écrits dans le manuscrit les mots sursum perge, vade ante qui signifient : « lève-toi, va de l’avant ».

2° Une deuxième fois, dans la 4ème strophe d’un poème intitulé Alleluia in greco : Herru Sanctiagu / Gott Sanctiagu / E Ultreia, e suseia, Deus aia nos. Cette strophe de quatre vers est écrite dans une langue à caractère germanique. On peut la traduire ainsi : « Monseigneur Saint-Jacques / Bon Saint-Jacques / allons plus loin, plus haut / Que Dieu nous aide ».

ultreia1D’où vient ce quatrain ? Il est sans doute né de chansons populaires germaniques reprises, dès le 11ème siècle au moins, dans des textes cléricaux largement répandus dans toute l’Europe, avant d’arriver jusqu’à Compostelle d’où elle a pu essaimer encore. Après 1150, on le retrouve dans une deuxième version du livre de Saint-Jacques, dans un chant versifié intitulé « Vers d’Aymeri Picaud, prêtre de Partenay » qui résume la vie de Saint-Jacques et nomme les 22 miracles qui lui sont attribués. On peut imaginer que le mot ultreïa, isolé, fut repris comme cri de ralliement ou cri de joie par les pèlerins de Saint-Jacques, qu’ils aillent à Compostelle, vers ses autres sanctuaires ou vers tout autre sanctuaire. On le retrouve francisé, dans de nombreux textes médiévaux, ainsi dans le Roman de Renart : « Ils ont crié oultrée / Et puis chez eux s’en sont retournés ».

Cette strophe née voici plus de mille ans est toujours vivante. Aujourd’hui, elle est le refrain d’une chanson pour les pèlerins de Compostelle composée par J.C. BENAZET et figurant dans le Guide Spirituel du Pèlerin de l’Abbaye de Conques : Ultreïa, ultreïa, et suseia / Deus adjuva nos.

Texte de Bernard GICQUEL, Avec la collaboration de M.V. CAMBRIELS et D. PERICARD-MEA – 2003


Lien avec la page « Ultreïa & Suseïa… »


Le Pèlerinage est une Marche vers un Lieu Sacré

Le pèlerinage est une marche vers un lieu sacré.
Le pèlerin ne va pas au hasard, il marche vers ce qui fait sens à ses yeux, vers une promesse.
Celui qui entreprend un pèlerinage attend ou espère que son parcours qui recouvre un sens singulier -il est un acte de foi- lui ouvre les yeux sur un sens supérieur au contact de ce lieu sacré, et dévoile une réalité transcendante.

lamoureLe pèlerin cherche du sens sous ses pas. Mais le paradoxe est que cette démarche fait fond sur le non-sens du monde tel qu’il va dans sa réalité profane. Le pèlerin part parce que, dans sa vie ordinaire, il n’a ni le temps ni la possibilité de faire l’expérience de cette transcendance, ou plutôt parce que cette expérience prend place dans un cadre inadéquat. La mise à distance du monde profane, des soucis qui le régissent, des exigences qui le régulent, s’opère par la marche qui éloigne d’un lieu physique pour conduire vers un lieu métaphysique, en contact avec la transcendance.

Le temps de la marche qui mène jusqu’au lieu sacré n’est donc pas accessoire, il est indispensable. Il s’agit de ressentir dans sa chair et de vivre dans la durée cette préparation à la rencontre du mystère. L’ouverture de son coeur et de son esprit passe par un travail sur le corps qui s’accomplit, pas après pas, sur le chemin qui mène au lieu sacré.

La marche défait les noeuds qui nous tiennent à ce monde matériel et intéressé, elle spiritualise le corps, c’est-à-dire permet à l’esprit de l’habiter à nouveau. Le pèlerinage est, par conséquent, ouverture au sacré, mais aussi, et peut-être, d’abord, ouverture à une dimension de soi, par ailleurs négligée.

Christophe Lamoure, Petite philosophie du marcheur, Edition Milan

 

Immortelle randonnée

… Alors, devant mes yeux dessillés, les Asturies déployèrent tous leurs charmes. Ce fut, pendant ces jours merveilleux, une pavane interminable de vallées sauvages et de crêtes somptueuses, de villages inviolés et de chemins tracés commes des caresses divines au flanc des montagnes.

rufinCe furent des heures vertes comme les pâturages d’altitude et des nuits bleues comme le ciel d’acier qui recouvrait ces paysages. La pureté des sources qui désaltèrent au moment où l’on a soif, le moelleux blond des pains de village, la douceur troublante du vent qui glisse ses doigts dans la chevelure raidie de poussière du marcheur, tout est entré en moi avec force, sans la médiation d’une pensée, sans l’ombre d’un sentiment, d’une impatience ou d’un regret.

J’ai traversé des forêts et franchi des cols, enjambé les eaux noires d’un barrage et rencontré des horreos énormes, dressés sur des collines comme de fabuleux quadrupèdes; j’ai cheminé à l’ombre grinçante de gigantesques éoliennes et dormi au sommet de promontoires rocheux que bordaient d’immenses précipices plantés de résineux et de chênes verts.

Et là, dans ces splendeurs, le Chemin m’a confié son secret. Il m’a glissé sa vérité qui est tout aussitôt devenue la mienne. Compostelle n’est pas un pèlerinage chrétien mais bien plus, ou bien moins selon la manière dont on accueille cette révélation. Il n’appartient en propre à aucun culte et, à vrai dire, on peut y mettre tout ce que l’on souhaite. S’il devait être proche d’une religion, ce serait à la moins religieuse d’entre elles, celle qui ne dit rien de Dieu mais permet à l’être humain d’en approcher l’existence : Compostelle est un pèlerinage boudhiste.

Il délivre des tourments de la pensée et du désir, il ôte toute vanité de l’esprit et toute souffrance du corps, il efface la rigide enveloppe qui entoure les choses et les sépare de notre conscience; il met le moi en résonance avec la nature. Comme toute initiation, elle pénètre dans l’esprit par le corps et il est difficile de la faire partager à ceux qui n’ont pas fait cette expérience.
Certains, revenant du même voyage, n’en auront pas rapporté la même conclusion.
Mon propos n’a pas pour but de convaincre mais seulement de décrire ce que fut pour moi ce voyage.
Pour le dire d’une formule qui n’est plaisante qu’en apparence :
En partant pour Saint-Jacques, je ne cherchais rien et je l’ai trouvé …

Jean-Christophe Rufin – « Immortelle randonnée – Compostelle malgré moi ( Editions Guérin) ( Extrait du chapitre « Sur les traces d’Alphonse II et de Bouddha » – Pages 167 à 169)

 

AubracSI TU SAVAIS…..

Si tu sais écouter, le chemin te dira sa douceur
Si tu sais observer, le chemin t’enseignera la sagesse
Si tu sais être patient, le chemin te donnera le bonheur…
Si tu sais être accueillant, le chemin t’ouvrira ses trésors
Si tu sais être docile, le chemin te façonnera
Si tu sais rester simple, le chemin te dévoilera son mystère
Si tu sais donner de toi-même, alors du chemin tu recevras
Si tu sais sourire dans la détresse, le chemin t’aidera
Si tu es agité, le chemin te portera au silence
Si tu sais marcher seul, le chemin deviendra ton plus fidèle ami
Si tu sais rester humble, le chemin t’aidera à grandir
Si tu sais ouvrir ton coeur, le chemin t’offrira son amour
Si tu es blessé, le chemin te guérira
Si tu es dans une impasse, avec le chemin tu en sortiras
Si tu sais garder confiance, le chemin te conduira à la victoire
Marche vers les sources de la vie ! Et prends courage !
Car si tu ne sais rien… LE CHEMIN T’APPRENDRA !

Michel SIMONET
(Texte publié avec l’autorisation de son auteur)

 

Petites pensées pour ces attributs qui nous sont chers, à nous, Pèlerins :
Nos pieds!

(Avril 2014)

« Je ne suis qu’un piéton, rien de plus » disait Arthur Rimbaud.

Quel pied en premier, le droit ? , le gauche ?
Mais avant tout, ne pas trébucher, garder l’équilibre, avancer sagement, gagner du terrain, jour après jour, pas après pas.
Pied droit ? Pied gauche ? La marche est une métamorphose de la vie.
Marcher, c’est faire aller ses hanches, ses jambes, ses pieds et c’est progresser sur la planète et pour nous, pèlerins, c’est progresser sur notre chemin.
Pied droit, pied gauche, rien n’est plus simple et rien n’est plus complexe, rien n’est plus quotidien, ni plus lourd de sens, ni plus imprégné de douleurs et de plaisirs mélangés.
Prenons le temps de contempler nos pieds : c’est avec ça que nous marchons depuis l’aube des temps et que nous arpentons la terre.
Çà, c’est à dire 26 os, comme notre alphabet, 26 par 2 = 52 un vrai jeu de cartes avec des noms qui font travailler l’imaginaire:

Talon d’Achille : mais avait-il un nom ce talon avant qu’Homère ne l’appelle ainsi ?
Astragale : avec la notion d’astre qui fait rêver
Phalanges : évoquant la poussière des armées romaines marchant à travers la Gaulle.
Cunéiformes: rappelant les tablettes de cire exhumées des sables du Moyen Orient.
Tarse : la ville d’Asie Mineure où naquit St Paul

Les pieds reflètent notre corps, notre tout, notre passé et notre présent sont inscrits en eux .Ils sont une cartographie de notre vie.
Savez vous que les doigts de pied correspondent à la partie céphalique du corps ?
Alors un petit conseil : quand des pensées multiples vous agitent, pour retrouver le calme dans la tête ; marchez sur la pointe des pieds !!
Nos pieds sont notre prise de terre.
En contact avec le sol, ils captent l’énergie tellurique, mais ils y libèrent également toutes nos tensions, tous les pèlerins l’ont ressenti un jour ou l’autre !!!

Nous sommes le seul primate qui peut rester aussi longtemps statique sur ses 2 pieds
Horizontalité des pieds, horizontalité du regard, mais bien sûr, verticalité du corps
Quelle belle harmonie entre le monde terrestre et le monde céleste !
Quelle belle colonne !
Mais colonne mobile dont la base – le pied – doit tout à la fois supporter la
charge (sacré sac à dos !!), maintenir l’équilibre (traitrise des cailloux !!)
et assurer le déplacement (c’est encore loin ?)
Nos pieds sont des équilibristes méconnus, des artistes dont nous exigeons
inconsciemment : force, adresse, agilité, résistance.
De grands modestes qui réalisent chaque jour, sans rechigner, le tour de force de nous transporter par monts et par vaux, par tous les temps, à tous les rythmes.
Les pèlerins que nous sommes ne peuvent que les remercier !!

Le pied porte également une notion d’origine, car c’est le premier bourgeonnement de l’embryon, mais également une notion de fin , n’est ce pas « les pieds devant » que se termine notre périple terrestre?
Il y a, bien sûr, un lien entre notre plante des pieds et « la plante », ce végétal bien ancré au sol !
Le pèlerin chemine entre 2 voûtes : sa voûte plantaire et la voûte céleste.
Quelles magnifiques ramifications invisibles entre le microcosme et le macrocosme !

Pèlerins, rappelez vous Vézelay et ces sculptures aux figures acrobatiques
Les pieds joignant la tête sur l’occiput: Ouroboros réunissant la tête aux pieds, ce ciel-terre des hommes.
Ces acrobates seraient-ils possesseurs de la connaissance des 2 mondes ?
Auraient-ils retrouvé la route des étoiles, de ces étoiles dont nous sommes peut-être issus et qui nous guident en direction de St Jacques ?
Nous connaissons tous ce respect des pieds faisant partie des devoirs d’hospitalité :
Coutume et réminiscence du lavement des pieds que le Christ fit à ses disciples la veille de sa mort en signe d’humilité et de charité fraternelle, que nous pratiquons nous aussi, au sein de notre Confrérie.
Le seul mot de marche libère des rêves inexprimés, des besoins d’espace, des désirs de liberté, d’aventure, d’ouverture d’esprit ?
Petit clin d’œil à Aristote, ce philosophe grec qui enseignait en marchant dans son école péripatéticienne.
Les pèlerins seraient-ils des péripatéticiens qui s’ignorent ?
En conclusion, mes chers Confrères et Consœurs pèlerins et pèlerines, faisons notre ce précepte de vie bouddhiste non seulement dans notre vie mais aussi et surtout sur notre Chemin :

« Si nous sommes dans la bonne direction, tout ce qui nous reste à faire, c’est de continuer à marcher «

Claudine Buty Grande Maîtresse des écritoires

Texte emprunté au site de la « Confrérie Fraternelle Des Jacquets de France« 

Les textes fondateurs de la légende de Compostelle
Initiation à la genèse du Codex Calixtinus

           Bernard Gicquel,

Résumé
On parle souvent du Guide du pèlerin. Beaucoup le confondent avec le Codex Calixtinus dont il ne constitue que le dernier Livre (environ 1/10 de l’ensemble). Ce titre de Guide du pèlerin n’a été donné qu’en 1938. Mais qui sait vraiment d’où viennent ces textes ? Par qui et quand ils ont été composés ? Bernard Gicquel répond à ces questions dans la première partie de la Légende de Compostelle, première traduction intégrale en français du Codex Calixtinus. Cette légende est un des éléments qui permettent de comprendre l’histoire de Compostelle. L’article suivant résume très schématiquement la première partie de l’ouvrage.

Texte intégral

légende compostelleLa traduction du Codex Calixtinus de Bernard Gicquel, éd. Tallandier, 2003, ISBN : 9-782847-340297

1er siècle

Dans de brefs mais décisifs passages de l’Évangile, saint Jacques est mentionné en même temps que Pierre et Jean. Seule une phrase des Actes des Apôtres le concerne isolément, celle qui rapporte sa décollation. En l’absence d’ informations plus précises sur lui, sa qualité d’Apôtre, envoyé par Jésus, comme tous les disciples, « jusqu’à l’extrémité de la terre », incitera à se représenter qu’il a dû aller jusque au bord de l’océan.

4e-5e siècle  

Les Commentaires de saint Jérôme, inspirés de l’Épître aux Romains, soulignent la place de l’Espagne dans la diffusion du message chrétien en opposant celle-ci à l’Illyrie. L’évangélisation du monde y apparaît en relation avec le mouvement apparent du soleil d’Est en Ouest, tandis que chaque apôtre est censé reposer là où il a prêché l’Évangile.

6e siècle

Les catalogues apostoliques apocryphes, qui suivent le plus ancien attribué, à tort, à saint Jérôme, mentionnent pour saint Jacques, sa prédication en Espagne, son tombeau en Achaïe Marmarique, et sa fête le 25 juillet. Le premier thème découle d’une contamination avec saint Paul, le second d’une confusion avec saint Jacques le Mineur, le troisième d’une assimilation avec le dieu antique Hermès/Mercure dont la fête se célébrait à cette date, le jour de la Canicule, et qui, selon Tite-Live, possédait en Espagne son tombeau (tumulus Mercurii, près de Carthagène). Jacques et Jean représentent, en outre, dans le registre chrétien les Dioscures, Castor et Pollux, auxquels sont attribués les deux crépuscules du matin et du soir.

Dans le quatrième livre de son Histoire du combat apostolique, composée en Gaule Narbonnaise, qui rapporte l’évangélisation du monde par les Apôtres et leur martyre, un auteur qui signe du pseudonyme Abdias, évêque de Babylone, fournit un récit détaillé du martyre de saint Jacques. Ce récit démarque la rencontre de saint Philippe avec Simon le Magicien en racontant la conversion du magicien Hermogène et de son acolyte Philète, dont le nom est emprunté à la deuxième épître de saint Paul à Timothée. Il s’inspire aussi de la vie de saint Pierre guérissant un paralytique sur le chemin de Lydde, pour montrer saint Jacques faisant de même, et convertissant deux sbires, à l’instar de saint Paul et des deux archers de la garde impériale envoyés pour le conduire au supplice.

8e siècle

Une hymne de la liturgie mozarabe, datable de la fin du 8e siècle, parce qu’elle comporte un acrostiche du roi asturien Mauregat (783-789) célèbre saint Jacques comme l’évangélisateur et le patron de l’Espagne. De nombreuses églises dédiées à saint Jacques sont construites dans le Nord du pays.

9e siècle

Le tombeau de saint Jacques est découvert dans les premières décennies du 9e siècle. Aucun texte galicien relatant directement sa découverte et les raisons de son identification n’a été conservé. La mention de l’Achaïe Marmarique dans les catalogues apostoliques, la plupart du temps déformée par la tradition manuscrite, a pu suggérer l’identité avec le lieu du tombeau appelé arcis marmoricis. Les martyrologes français d’Adon et Usuard qui évoquent le tombeau face à la mer de Bretagne, à la suite de la version messine de Florus, pourraient être les premiers reflets textuels de cette Invention.

10e siècle

La première version de la Lettre apocryphe du pape Léon (vraisemblablement Léon III, grand pourfendeur du priscillianisme) rapporte la translation des reliques de saint Jacques à Compostelle, en opérant la synthèse de deux récits :

a) celui qui relate la translation de l’hérétique Priscillien, dont l’acrostiche apparaît en filigrane à travers les toponymes (Bisria + Ilicinus = Priscillianus) ;

b) celui qui raconte l’évangélisation de l’Espagne par sept apôtres, selon le modèle de la légende grecque des sept dormants. La première version de la lettre papale donne lieu à la rédaction d’hymnes liturgiques chantées lors des offices par les pèlerins et dont le texte diffusera la connaissance de saint Jacques en dehors de la Galice. Il existe trois versions épistolaires postérieures de ce texte, qui diffèrent toutes par quelques détails ; la dernière est reprise dans les compilations attribuées au pape Calixte.

11e siècle

1005 ou 1027

Sans doute en liaison avec le prieuré normand de Saint-James de Beuvron, la translation des reliques fait l’objet d’un sermon d’apparat à Fleury (aujourd’hui Saint-Benoît-sur-Loire).

1072

Un accord passé entre l’évêché de Compostelle et le monastère d’Antealtares sur le partage des bénéfices pendant la construction de la cathédrale débute par un paragraphe qui raconte l’invention du tombeau par l’évêque Theodemir, à la suite d’une révélation faite à l’ermite Pélage, fondateur du monastère.

12e siècle

1103

Peut-être en relation avec une visite de Diego Gelmirez, évêque de Compostelle, à Saint-Martial de Limoges, le récit de translation dit de Gembloux est rédigé dans la forme d’une liturgie de Saint Martial. Il sera repris dans les compilations placées sous le patronage du pape Calixte.

1105

Sans doute à l’occasion de la dédicace de la cathédrale de Compostelle, le 21 avril, soit un an jour pour jour après la basilique de Vézelay, maître Panicha refond les hymnes liturgiques attribuées au pape Léon qui figureront désormais sous cette double attribution.

1120

A l’occasion du concile de Reims, qui représente un moment important dans le conflit des investitures, le pape Calixte II fait rédiger à Saint-Denis, entre autres par Hugues de Porto, représentant de Diego Gelmirez au concile, l’histoire de Charlemagne et de Roland en latin. Celle-ci, connue actuellement sous le nom de Chronique du pseudo-Turpin est une autobiographie fictive attribuée à Turpin, archevêque de Reims, pour inciter la chevalerie française à partir en croisade en Espagne. Le pape Calixte meurt à la veille de Noël 1124, avant que ce projet n’ait été exécuté. Mais le texte du Pseudo-Turpin deviendra un des plus répandus au Moyen Age (plus de 300 manuscrits). C’est lui qui imposera aux siècles ultérieurs l’image du preux Roland, dont la Chanson en langue romane, beaucoup moins répandue – on n’en connaît qu’une dizaine de manuscrits -, ne sera redécouverte qu’après 1830.

1131-35

Sur arrière-plan de schisme pontifical, le patriarche de Jérusalem, Guillaume de Messines, envoie le chanoine régulier de saint Augustin Aimeric Picaud à Compostelle par Cluny, pour rallier Diego Gelmirez à la cause du pape Innocent II. Aimeric est porteur de pièces liturgiques et de miracles composés par Guillaume de Messines en l’honneur de saint Jacques. Il accroîtra en cours de route sa collection de miracles italiens, de miracles de saint Gilles et de miracles rhodaniens en remontant vers Cluny, puis d’emprunts aux miracles de saint Léonard en redescendant vers Compostelle, où il recueillera enfin quelques miracles espagnols. Sa collection ne va pas au-delà de 1135. Les chanoines de Compostelle, jusque là sous la règle de saint Isidore et seulement associés aux chanoines réguliers de saint Augustin, deviennent alors des Augustins à part entière. C’est aussi l’année ou s’achève la cathédrale de Compostelle, et les Miracles qui montrent saint Jacques protégeant inlassablement ses pèlerins sur les chemins sont bien faits pour inciter les fidèles à ne pas redouter les dangers du pèlerinage. La Translation de Marchiennes qui mentionne la pierre, trouvée lors de la réfection de l’église de Padron en 1134 et qui aurait pris la forme du corps de saint Jacques est sans doute contemporaine

1139

La mort de Diego Gelmirez marque l’achèvement de l’Historia Compostellana écrite à sa gloire et dans laquelle figurent un récit de Translation des Reliques et un récit de l’Invention du Tombeau. L’ancien abbé de Vézelay, Albéric, cardinal d’Ostie, et légat pontifical, ajoute le dernier miracle à la collection d’Aimeric Picaud et suggère peut-être de placer un recueil des textes jacquaires que l’on possède sous le patronage du pape Calixte II

1140

La première version de cette compilation comporte la Chronique de Turpin dans sa version brève, la lettre-préface du pape Calixte, un dossier sur la Translation, – avec la quatrième version de la lettre du pape Léon, la Translation de Limoges/Gembloux et les trois solennités de saint Jacques – , et les Miracles, attribués au pape Calixte. Cette compilation ne paraît pas avoir de titre

1144-45

La compilation qui prend le nom de Liber Miraculorum sancti Jacobi change l’ordre et la nature de ses composantes. Les Translations passent en tête, et sont suivies des Miracles, puis de la version longue de la Chronique de Turpin. Entre ces recueils apparaissent des textes satellites, sur saint Eutrope de Saintes, sur les Navarrais, sur la mort de Turpin, sur l’émir de Cordoue, etc. A la fin de la compilation figure un poème d’Aimeric Picaud, qui n’est qu’une table des matières versifiée du recueil de miracles, ainsi qu’une authentification apocryphe de l’ensemble par le Pape Innocent II, elle-même confirmée par des cardinaux

1160

Les textes satellites isolés tendent à se regrouper en un volume qui occupe la quatrième place et deviendra le Guide du Pèlerin. Une très vaste compilation liturgique de sermons et d’offices prend la première place, les Miracles la seconde, tandis que les Translations passent à la troisième. Le Pseudo-Turpin semble avoir été provisoirement écarté au profit de textes plus spécifiquement religieux. Cette forme du recueil pourrait être contemporaine de la réalisation du Portail de la Gloire de la cathédrale

1165

La canonisation de Charlemagne redonne une actualité religieuse au Pseudo-Turpin et incite à le réintégrer parmi les autres textes. Il y prendra la quatrième place, entre les Translations et le futur Guide du Pèlerin qui glisse à la cinquième. C’est la forme sous laquelle se présente aujourd’hui le Codex Calixtinus ou Livre de Saint Jacques de Compostelle, ouvrage de luxe dont les copies ont été très peu nombreuses, tandis que diverses versions du Liber Miraculorum sancti Jacobi qui en est la source ont continué à être diffusées au XIIIe et au XIVe siècle.

Pour citer ce document

Bernard Gicquel
«Les textes fondateurs de la légende de Compostelle»,
Histoire du pèlerinage à Compostelle, mis à jour le : 29/05/2009
 

 

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