Via de Bayona (Le Chemin Intérieur)

Via de Bayona ou Chemin intérieur – Michel d’Auzon

Après avoir terminé ma pérégrination sur la Ruta de la Lana
et pris le bus de Burgos à Irùn me voilà parti pour une nouvelle
pérégrination sur le Chemin Intérieur ou Via de Bayona ou encore
Chemin Royal ou Chemin Antique..

Tels sont les noms que l’on donne à ce Camino qui relie Irùn à Burgos,
en traversant l’intérieur du Pays Basque
(Provinces du Guipúzcoa et de l’Alava)
et passant par le tunnel de San Adrian
avant de rejoindre la Province de Burgos.

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La Première étape (26 km) qui mène à Hernani est d’une grande beauté et aussi assez sportive…
Près de 2000 m de dénivelés cumulés en additionnant les positifs et les négatifs…
C’est une suite de bosses avec montées sévères et descentes parfois très raides au milieu d’un décor champêtre
où vous côtoyez des fermes, des vergers de pommiers, des pâturages ou paisiblement paissent moutons, vaches et chevaux…
Parfois chemins de terre ou sentiers herbeux, parfois passages en forêt avec de nombreux arroyos que vous traversez
sur de petits ponts de bois, ou alors petites routes où vous trouvez des Tabernas pour boire un verre ou vous restaurer…
C’est un enchantement, mais qui nécessite quelques efforts, car il n’y a quasiment pas de portion plate pour souffler un peu…
Le Chemin est généreux et vous offre pommes et mûres à volonté, vous n’avez qu’à tendre la main…

Vers la fin de l’étape en montant vers l’Ermita Santiago, vous avez en prime une super vue panoramique sur l’océan
et les villes de San Sebastian et Hondarribia.

La 2ème étape (20 km) est plus facile et vous mène à Tolosa. C’est presque exclusivement un cheminement le long
d’une voie ferrée et de zones industrielles, avec traversée de plusieurs localités, ce qui vous permet de voir la vie des gens
de ce pays et de découvrir l’importance des sites industriels qui font la richesse de cette région.
Il y a des points d’eau ou des fontaines assez régulièrement et des bancs pour se reposer.

Le contraste avec la Ruta de la Lana est énorme !… 2 Chemins… 2 mondes…
Seul point commun, la solitude, car il y a peu de pèlerins qui s’aventurent sur ce Camino !

3ème étape de Tolosa à Segura (30 km). Une étape qui suit tout du long le Rio Oria en empruntant des voies piétonnières
et cyclables… L’environnement est plutôt urbain car on traverse de nombreuses localités dont principalement deux sont
assez importantes, Ordizia et Beasain… Comme j’ai quitté Tolosa à 5h30, les premiers pueblos sont encore endormis quand
je les traverse, puis peu à peu, les gens sortent, il y a les marcheurs du dimanche, les joggeurs et les cyclistes qui trouvent
dans ce parcours un itinéraire agréable et sans difficultés…

Je suis aux premières loges pour assister à une course cycliste régionale avec une bonne centaine de jeunes coureurs…
Les tabernas peu à peu se remplissent, et je n’ai que l’embarras du choix pour m’arrêter boire un verre et manger une tapas…
Je pense à d’autres chemins où trouver un bar ouvert était comme un miracle !

Pas besoin d’emporter d’eau, il y a des fontaines au moins tous les kilomètres…
Vers la fin de l’étape je traverse une zone industrielle importante avec de grosses usines comme Arcelor Mittal…
Et puis c’est l’arrivée à Segura, une charmante localité de cette province du Gipuzkoa qui est perchée sur une colline.
Et comme récompense de ce long cheminement, une Casa Rural très accueillante…
Le pèlerin aime bien de temps à autre quelque confort !

4ème étape- De Segura à Salvatierra en passant par le Tunnel de San Adrian.
(26 km) – C’est l’étape phare de ce Camino.
Après quelques kilomètres de piste le long du Rio Oria qui se transforme petit à petit en torrent, j’aborde l’ascension
de cette montagne mythique traversée par ce tunnel spectaculaire, lieu historique, fréquenté au cours des siècles
par les pèlerins, les marchands et les rois et qui est documenté comme le chemin naturel de communication entre
la plaine d’Alava et la vallée en Gipuzcoa de la rivière Oria; un point de passage entre la Castille et le reste de l’Europe.

La montée à travers pâturages, forêts de hêtres et ronciers chargés de mûres demande au pèlerin courbé sous le poids
du sac quelque effort, mais la récompense est à chaque détour du chemin : En se retournant, la vue sur la vallée
et les chaînes de montagnes au loin est spectaculaire… Face à soi, le mont Araz semble inaccessible et mystérieux..

Le Chemin, tantôt piste forestière, tantôt sentier herbeux ou rocailleux, tantôt chemin au milieu de vieux hêtres
cauchemardesques aux formes étranges, vous emmène inexorablement vers ce trou dans la montagne qui est devenu
l’un des hauts-lieux des Chemins de Compostelle.

Après 800 mètres de dénivelé le voilà enfin ce tunnel qu’on aperçoit de loin et qui vous appelle pour vous absorber
et vous faire oublier tous les efforts que cette montée vous a demandé !

Le traverser, c’est comme un plongeon dans un gouffre marin et vous ne savez pas comment vous en sortirez.
Mais de l’autre côté, un nouveau monde s’offre à vous, une voie romaine ou médiévale va vous emmener vers un inconnu,
une autre province, une autre vallée, un autre destin…

5ème étape de Salvatierra à Vitoria-Gasteiz – (29 km)
Quel contraste avec l’étape d’hier (Tunnel de San Adrian).. L’itinéraire au long de la plaine d’Alava nous emmène
de pueblo en pueblo, d’ermita en ermita en suivant des petites routes alternées avec des pistes agricoles…
Très peu de dénivelés, des mûres en abondance, des points d’eau dans chaque pueblo, mais pas de bar…

Encore quelques sites industriels assez éloignés du Chemin !
À 6 km de Vitoria, on traverse un bois qui offre une bonne ombre et change un peu du parcours monotone suivi jusqu’alors.
Et me voilà arrivé à Vitoria-Gasteiz, la capitale de la province d’Alava et de la Communauté autonome du Pays Basque.
Voir le lien ci-dessous :
https://www.euskoguide.com/fr/lieux-pays-basque/espagne/visiter-vitoria-tourisme/


6ème étape de Vitoria-Gasteiz à La Puebla de Arganzón situé dans la Province de Burgos – (20 km).
Je vais donc au cours de cette étape quitter le Pays Basque pour retrouver la communauté de Castille-et-León.

A la sortie de Vitoria, on passe devant l’admirable Basilique San Prudencio d’Armentia qui est l’une des
constructions romanes les plus spectaculaires du territoire d’Alava. 

Peu à peu, on s’éloigne des zones urbaines et des voies de circulation pour retrouver un chemin de terre qui serpente
au milieu des champs avec quelques haltes dans les petits pueblos traversés, pour ensuite aller au sommet d’une colline
dans un environnement de fougères, genévriers, végétation de maquis et pour finir aller  jusqu’à un point haut à près
de 800 m et traverser une forêt de chênes…C’est ici que se trouve la frontière entre les 2 Provinces…

Le reste du Chemin se fera dans la Province de Burgos..
Descente longue et caillouteuse pour arriver dans une nouvelle vallée très vaste et qui rappelle ces immensités
agricoles déjà traversées dans la Castille !
Je suis content de retrouver dans ce joli pueblo qu’est La Puebla de Arganzón une Albergue,
car ces derniers jours, je n’avais le choix qu’entre Hostal, Pension ou Casa, Rural…

7ème étape de La Puebla de Arganzon à Miranda del Ebro- (19,5 km).
A la cafétéria « La Flor del Trigo » qui ouvre à 7h, je prends un desayuno, ce qui est exceptionnel, car rarement les bars
ouvrent avant 8h…
La serveuse est avenante et souriante ce qui éclaire ma journée…
Comme quoi simplement un sourire suffit pour que la journée s’annonce claire et lumineuse !…

L’itinéraire se partage entre petites routes proche des grandes voies de circulation
et chemins agricoles qui jouent à saute-mouton…
Les pueblos traversés sont agréables, bancs et points d’eau à volonté…
Aujourd’hui, le camino est généreux… À profusion des mûres pour se barbouiller de ces fruits délicieux
et des noisettes en abondance pour remplir les poches…

La ville-étape, Miranda del Ebro est importante, 35.000 habitants !
Il y a une Albergue toute neuve en plein centre où je suis accueilli par le Président de l’Association locale.
Un peu après mon installation arrivent trois espagnols qui font quelques étapes sur ce Chemin et vont ensuite marcher
sur la Voie du Batzan qui va de Bayonne à Pampelune…

La ville est traversée par le Rio Ebro… Souvenir de ma pérégrination en 2009 sur le Camino del Ebro qui côtoie ce fleuve
presque tout le long du parcours entre Deltebre (Embouchure du Rio) et Logroño.

Elle est dominée par un Castillo et comporte 2 belles églises des 13ème et 16ème siècles…

8ème étape de Miranda del Ebro à Pancorbo- (17,5 km).
Petit-déjeuner dans l’albergue bien équipée de Miranda.
A 3,5 km je traverse Oron où se trouve l’église San Esteban de style Renaissance qui apparaît comme une forteresse.
Après de longues pistes et la traversée d’un pueblo désert, j’arrive dans un défilé rocheux où le chemin va se faufiler
entre Nationale, Voie Ferrée, Autoroute et le Rio Oroncillo affluent du Rio Ebro.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9fil%C3%A9_de_Pancorbo

Malgré la proximité de ces voies de communication, le chemin est pittoresque et agréable…
Il se faufile entre des noisetiers, des figuiers, des églantiers, des pruneliers et des peupliers…

L’Albergue au-dessus d’un bar peut recevoir une colonie, elle n’est pas équipée et peu entretenue,
mais j’y trouve l’essentiel, une douche et un lit…

Les 2 étapes suivantes (9 et 10) de Pancorbo à Briviesca – (24 km)
et Briviesca à Monasterio de Rodilla – (20,5 km) présentent peu d’intérêt…
On côtoie les voies de communication, Autoroute, Nationale et Voie Ferrée entre lesquelles le Chemin se faufile
tant bien que mal.
Il y a de part et d’autre ces grands espaces agricoles où se côtoient champs de céréales et tournesols.
Par contre la ville de Briviesca présente un grand intérêt. Son histoire a toujours été liée à sa situation géographique
de croisée de chemins: Voies Romaines, Chemin de Compostelle, couloir de la Bureba, passage entre le Plateau Castillan
et la région Cantabrique et elle offre un riche patrimoine architectural.

Briviesca
Et puis il y a tous ces pueblos traversés, dominés par les clochers qu’on aperçoit de loin,
et où l’on trouve toujours des bancs et des fontaines…

Demain, dernière étape qui me ramène à Burgos où je suis arrivé il y a 12 jours au terme de ma pérégrination
sur la Ruta de la Lana.
Lever à 5h, car l’étape est longue (28 km) et je voudrais arriver de bonne heure…

11ème étape de Monasterio de Rodilla à Burgos (28 km).
Je termine ce Chemin par une super belle étape. A 5h30 quand je suis sur le Chemin, il n’y a pas de lune et de ce fait,
le ciel resplendit de ses milliards d’étoiles et je peux admirer une Voie Lactée qui trace son sillon lumineux sur plus
de 100.000 années lumière avec ses 200 à 400 milliards d’étoiles et au minimum 100 milliards de planètes…

Comme je me sens tout petit au cœur de cette nuit profonde où seul le bruit de mes bâtons vient troubler le silence..
Les constellations de Céphée et Cassiopée m’ouvrent la voie et elles suffiraient à me guider.
Comme gardes du corps, j’ai sur ma gauche Pégase et sur ma droite Dragon !…
Long cheminement sur une meseta à près de 1000 m avec des centaines de moulins à vent qui brassent l’air avec leur
bruissement d’ailes… Comme ces géants d’acier impressionnent quand on marche à leurs pieds et qu’ils sont beaux
dans les premiers rayons du soleil qui les parent de belles couleurs…

Jusque sur ce vaste plateau, les terres agricoles, champs de céréales et de tournesols, s’étendent comme à l’infini…
Plus loin, je traverse une zone historique, le Camino de Los Romanos, baptisé « Via Italia » avec 13 panneaux explicatifs.
« L’importance et la richesse qu’implique cet itinéraire antique résident dans le fait d’être l’une des premières artères
de communication construites dans cette Hispanie lors de l’expansion de l’empire romain, il y a plus de 2 000 ans.
Une route qui a parcouru d’Est en Ouest le nord de la péninsule, d’Astorga à Tarragone et où les biens et les personnes
ont circulé, favorisant ainsi le transit du savoir et de la culture du moment. »

Et puis c’est la descente vers Burgos que je retrouve pour la 3ème fois (La 1ère en 2005 et la 2ème il y a 12 jours
au terme de mon chemin sur la Ruta de la Lana.

A nouveau admiration et contemplation de cette belle Cathédrale et quelques rencontres sympathiques
à l’Albergue Divina Pastora.

Dîner avec Rodrigo un jeune espagnol de Burgos rencontré sur la Ruta de la Lana il y a 2 semaines…

Voilà, la fin de ce Camino…
Cette Via de Bayona est pleine de contrastes… Les étapes se suivent et ne se ressemblent pas…
Des étapes grandioses et d’autres moins spectaculaires au milieu des voies de communication…
Découverte d’une région, de ses habitants, des coutumes et des modes de vie…
L’intérieur du Pays Basque est très industrialisé et cette région doit être une des plus prospères de l’Espagne !

Voilà… Ce n’est pas fini…
Je prends le bus pour San Sebastian afin de terminer ce périple de 2019 par 5 étapes sur le Camino del Norte jusqu’à Bilbao !
Ainsi dans ce bus, je revois le film à l’envers en accéléré de ce Chemin que je viens de parcourir…
C’est comme un saut dans le passé et maintenant retour vers le futur
pour retrouver ce Camino del Norte déjà parcouru en 2006…

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One Comment

  1. À nouveau un magnifique Camino à travers de cette belle Espagne, Merci l’ami Michel pour ce nouveau partage qui nous fait toujours rêver et nous donne bien l’envie de le rejoindre ! Hormis les 3 premières étapes au travers d’une Région très industrielle, ce que je n’apprécie guère, et ne suis pas le seul ! À partir de l’étape phare de ce nouveau voyage de notre ami Michel, toujours insatiable dans la découverte de chemins très peu fréquentés, qui doit donner la sensation d’être un aventurier de grands chemins déserts et oubliés. Je disais donc, qu’à partir de la 4ème étape de ce curieux chemin de grandes solitudes, et de découvertes d’endroits méconnus de l’Espagne profonde pour la plupart d’entre nous… découvertes de sites et vues spectaculaires, je n’en doute pas !
    Bravo Michel, pour ton immense partage de tes belles aventures sur tous ces grands chemins de Compostelle !
    La seule critique de ces chemins peu fréquentés, c’est l’absence d’hébergements peu chers, ce qui ne serait plus un handicap pour moi, car, lors de mon dernier grand voyage sur le Chemin du Levant, j’ai vaincu enfin mes peurs et angoisses de dormir à la belle étoile… ce que j’aurais dû faire beaucoup plus tôt, car ces voyages à pied sur ces Caminos moins fréquentés commençaient de devenir un peu trop onéreux pour ma retraite, disons moyenne, et amputées chaque année par un manque de réévaluation et de sanctions fiscales obligatoires, non désirées ! ça commence à bien faire, que tous nos dirigeants successifs s’en prennent automatiquement aux personnes âgées sans défense, qui n’en peuvent plus ! Ils faut tous un jour dire : Basta !ça suffit !
    Gilbert

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